L’histoire d’aujourd’hui nous vient du Sud de la France. Aux temps où la religion avait le premier mot sur tout et où les prêtres se prenaient pour des représentants de leur dieu parmi les hommes. À cette époque, l’Église catholique était à l’apogée de son pouvoir et le Pape était au-dessus de tous, même des Rois. Personne ne pouvait les défier, personne ne pouvait philosopher, les travaux scientifiques étaient menés si et seulement si l’Église les autorisait et le pire de tous : personne ne pouvait aimer selon des lignes autres que celle indiquée par l’Église et sa Bible.
Afin de contrôler les agissements des nobles qui ont souvent un comportement dépravé, l’Église avait décidé d’imposer un tribunal religieux aux habitants de Ste Anne. Pêché, si l’on doit utiliser ce mot pour décrire tout ce qui va à l’encontre de la croyance Catholique, était devenu un crime. Le Cardinal, un homme à l’apparence toujours soigné et à la cadence efféminée était le plus haut juge du Tribunal et s’il le voulait, il pouvait vous juger simplement pour avoir menti. Ses sanctions allaient d’une simple amande pour remplir les caisses de l’Église et des bénédicités ; en passant par la prison ferme et la promesse de rédemption qui va avec ; et pour finir, il pouvait aussi condamner à mort.
Ce dernier sort était réservé aux êtres que l’Église appelait : les abominations. Contrairement aux deux autres sorts, la liste des péchés qui faisaient exclusivement partie de la 3e catégorie était assez réduite : le blasphème, l’adultère féminin, la sorcellerie, être considéré comme ennemi de l’Église et en tout dernier lieu, mais pas le moindre, l’homosexualité.
La création même de ce tribunal avait exposé au regard de tous la faiblesse de la famille Royale. Le message était clair, le vrai pouvoir n’était plus entre les mains du Roi. Dès sa première année d’existence, l’Église, par le biais de son tribunal avait fait comprendre aux nobles que le temps n’était pas à la résistance. Un nombre gigantesque de cas avaient été traités et les sanctions pleuvaient sur tous et surtout, pour tout ! Les nobles comprirent qu’il valait mieux rentrer dans les rangs. La grande majorité d’entre eux, tant bien que mal, avaient fini par céder. Les membres des familles faisaient de leurs mieux pour accéder aux faveurs des prêtres :
– certains faisaient de leur mieux pour montrer « le bon exemple ».
– d’autres préféraient acheter les faveurs grâce à des dons en tous genres à l’Église et à certains prêtres en particulier.
– et puis enfin, il y avait les de Melons.
La famille des de Melons, étaient considérée comme la plus pieuse de tout Ste Anne. Composée du Duc de Melon, de la Duchesse et de leur unique enfant, elle était à la fois la plus présente aux activités de l’Église, mais aussi la plus généreuse. On racontait qu’ensemble le Duc et la Duchesse formaient le couple le plus beau et le plus heureux de toute la France. Bien avant leur venue au monde, leurs deux familles étaient déjà très proches. Ils étaient nés à la même année, le même jour. Pour renflouer les liens, les deux familles avaient décidé, le jour même de leurs naissances, de les fiancés. Elles obtinrent la bénédiction du Roi, et même celle du Pape.
Le domaine principal des de Melons était d’une grandeur époustouflante : 32 chambres à coucher, un espace indépendant pour les serviteurs et les servantes, des espaces de jeux pour les enfants, des plantations sur plusieurs hectares de terres et surtout : la petite forêt, le lieu favori du Duc et de la Duchesse. Enfants, ils avaient grandi dans le domaine, sous la surveillance de deux gouvernantes et de plusieurs serviteurs. Leurs parents, jouant des rôles importants à la Cour, avaient jugé bon d’en garder leurs enfants loin.
Les années s’étaient écoulées rapidement et les deux enfants étaient devenus les meilleurs amis au monde : complices, confidents, extrêmement protecteurs l’un envers l’autre, intelligents, espiègles… Pour le bonheur de leur entourage, l’un ne pouvait se passer de l’autre et à chaque visite de leurs parents, la satisfaction se lisait toujours sur leurs yeux. Ils n’en doutaient pas, ils avaient pris la bonne décision.
Il était de coutume, à cette époque, de marier les jeunes très tôt, l’espérance de vie n’étant pas trop grande, à cause des guerres et des multiples maladies auxquelles la science ne pouvaient encore répondre pour tellement de raisons qui n’innocentaient pas l’Église. Alors, quand ils eurent l’âge de comprendre ce qu’aimer veut dire, on leur apprit la nouvelle : ils étaient destinés à être ensemble et cette décision avait été prise depuis bien longtemps. L’un ne pouvait imaginer sa vie sans l’autre, l’un ne pouvait rester loin de l’autre trop longtemps, à part eux deux, personne ne pouvait réellement les cerner et surtout aucun des deux ne se dévoilait complètement devant d’autres personnes. Si c’était cela aimer, alors pour sûr, ils s’aimaient profondément. Leurs parents avaient bien calculé leur coup. Quand ils entendirent cela, leur joie ne pouvait être cachée. Et tout jeune, à onze ans seulement, on les avait mariés.
Les années s’étaient écoulées. À leur quinzième anniversaire, leurs parents organisèrent un bal en leur honneur. Ils voulaient annoncer aux nobles que le domaine des de Melons avait déjà ses futurs maîtres des lieux.
Tellement de choses se sont déroulées cette soirée-là…
Tellement de vérités ont été dévoilées…
C’est là que le Duc allait rencontrer celui qui deviendrait des années après le Cardinal de Ste Anne…
Et c’est aussi là, que la Duchesse allait rencontrer La Princesse Antoinette…
Les deux, un peu plus âgés, connaissaient déjà le sort qu’on réservait aux gens qui étaient comme eux. Et pour ne pas éveiller les soupçons, ils avaient déjà décidé de s’imposer comme farouche ennemi de leurs semblables. Mais personne n’osera parler de cela…
Personne d’autres qu’eux quatre ne savaient entièrement ce qui s’était produit au cours cette nuit… ni les nuits qui suivirent d’ailleurs…
Le jeune Duc et la jeune Duchesse comprirent que finalement, aimer ne voulait pas uniquement dire ce qu’on leur avait appris. Une seule vérité restera : ils s’aiment profondément. Cette seule vérité suffit.