Les affaires de coeur

Affaire de gens amoureux est toujours affaire qu’il faut manipuler avec soin. Quand une personne amoureuse te demande ton avis sur un sujet lié à l’objet de son désir, fort souvent elle ne cherche pas la vérité, elle s’attend de préférence à entendre ce qu’elle souhaite, te mettant ainsi dans une situation fort délicate, où tu as l’impression de marcher sur des œufs.

Dans les Caraïbes, plus particulièrement dans mon pays, Haïti, concernant les gens amoureux, nous aimons citer deux proverbes : « Koze moun damou, moun pa mele nan sa» et « Moun damou pa kite » (On ne se mêle pas des histoires des gens amoureux ; les gens amoureux ne savent pas comment s’éloigner ou les gens amoureux ne se séparent pas { La phrase peut être prise dans les deux sens.}). Notre manière à nous de toujours nous rappeler que seul l’amour à les réponses liées aux questions posées à son sujet.

Notre terre est une terre de poésie et la poésie est amour. Dès qu’il faut parler de l’amour, nos proverbes nous dictent des phrases que seuls les gens amoureux ou qui ont déjà connu l’amour peuvent comprendre. Haïti est amour, mais elle est cet amour néfaste, toxique auquel on ne sait comment se séparer. Un mélange d’amour et de haine. L’amour dans son symbole le plus fort.

Une fois, quand j’étais plus jeune, un couple d’amis du même âge que moi était en galère. Mon ami, Bourdeau, était un tombeur qui ne pouvait s’empêcher de faire du charme à chaque mètre carré et sa copine, Véronique, extrêmement jalouse ne savait à quel Saint se vouer. Elle était amoureuse de Bourdeau et peu importe combien elle souffrait à cause de son comportement, la solution de s’en séparer ne pouvait au grand jamais, être mise sur la table. En même temps, Bourdeau, aussi trompeur qu’il pouvait être, ne pouvait s’imaginer même une fois, que Véronique puisse aller voir ailleurs. Il se voyait comme un mal Alpha. Le genre à dire à sa copine qu’il est naturel qu’un homme soit comme ça, qu’ils sont nés comme ça, alors qu’en revanche, les femmes doivent rester fidèles et pieuses. L’anecdote du clef et de la porte ne saurait être mieux expliquée que par Bourdeau.

Si Véronique osait simplement regarder un autre homme, Bourdeau explosait automatiquement et rare sont les gens qui pouvaient le contenir. Quelques fois, il osait même lever la main sur elle. Alors que lui en revanche, ne se contentait jamais d’uniquement regarder. Deux ou trois fois, il avait flirté ouvertement avec des femmes devant Véronique. Ce furent sûrement les seules fois, qu’elle put au moins laisser libre cours à sa rage. Et malgré tout, elle était longtemps plus facile à gérer que Bourdeau, lors de ses excès de colère.

Leur relation était d’une toxicité à faire pâlir Nagasaki et Hiroshima. Personne ne comprenait comment elle résistait. Un jour bien, un autre mal. À force de ne pas savoir à quel type de couple, ils allaient à voir à faire face chaque jour et fatigué de raisonner les deux sur leurs comportements, certains de leurs amis décidèrent même de s’éloigner d’eux. Les deux s’en foutaient. Ils étaient dans leur bulle et dans leur bulle, seuls eux deux comptaient. Que le monde entier se foute d’eux ne voulait rien dire pour eux, ils s’en foutaient déjà des autres !

Incroyable mais vrai, peu importe la distance, peu importe la raison, peu importe à quel point leur relation était déchirée, ils trouvaient toujours le moyen de recoller les morceaux, pour tout de suite après tout déchirer et encore revenir l’un vers l’autre. Le cycle paraissait infini… Infernal aussi !

Une fois c’est allé tellement loin, que d’un seul coup de poing, Bourdeau avait mit Véronique K.O, lui arrachant par la même occasion ses deux incisives supérieures. Des personnes plus âgées étaient présentes et il n’avait même pas tenu cela en compte. Le monstre était lâché et il ne s’était arrêté que lorsqu’il avait atteint son objectif.

Ce jour-là, Christian, l’un de leurs amis, fâchés du déroulement des actions, psychologue et féministes jusqu’au plus profond de ses entrailles, avait prit Véronique à part pour lui expliquer la situation dans laquelle elle se trouvait. Il lui avait dit que pour aimer une autre personne correctement, il nous fallait d’abord nous aimer, nous-même. Et en nous aimant nous-même, nous apprenons que le bonheur de quiconque, si ce n’est celui de nos enfants, ne devrait passer devant le nôtre. Il lui avait dit qu’en nous aimant nous-même nous comprennons pourquoi deux êtres qui s’aiment ne peuvent pas toutes les fois être ensemble.

En plus de tout cela, Christian lui avait dit exactement quel type d’homme était Bordeaux et pourquoi elle devait le quitter. Ce ne fut certainement pas une erreur, mais ce jour-là, Christian avait perdu deux amis. Et ce n’était que bien après, lorsque les dents vissées de Véronique avaient été mises, que Bourdeau revenait à elle les genoux à terre devant tous leurs amis et qu’elle le releva pour l’embrasser en pleurs, qu’il le comprit.

« Koze moun ki damou, se toujou koze ki frajil ! ».

Christian ne voulait absolument pas aller à des enterrements dans ces circonstances-là, il ne les força pas la main.

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