L’appartement deux sans trois (témoignage 2)

Je ne connaissais pas trop bien Xavier. Nous couchions ensemble certes, mais jamais, nous n’avions eu une conversation sérieuse. Je ne connaissais ni ses rêves, ni sa manière de penser, ni ses passions, ni ses obsessions. Il m’avait toujours paru froid ! Un peu trop triste et trop vide pour faciliter la conversation. Outre son physique, rien en lui ne pouvait éveiller ni ma curiosité, ni ma passion, mais il était assez bel homme, assez bien monté et assez bon au lit. Cela me suffisait amplement ! Le peu d’informations que j’avais, je l’avais récolté sur le tas consciemment ou inconsciemment, entre deux souffles, deux gémissements ou deux baisers.

Je savais qu’il avait un crush sur ma petite amie. Maintes fois, j’ai vu comment il la regardait. Cela arrivait à tout le monde d’avoir des crushs, ce n’était pas anormal, cela me parut banal. D’autant plus qu’elle était tellement jolie, que c’est peut-être l’inverse qui m’aurait étonné. Il me paraissait impossible qu’une personne, peu importe son genre ou son orientation sexuelle, ne soit pas attirée par elle. Parfaite comme elle est.

Claire (c’était le nom de ma petite amie) et moi n’avions jamais parlé de lui non plus. Elle, sûrement parce qu’elle ne trouvait pas qu’il était un sujet de conversation intéressant et moi, par peur que je commette une gaffe en parlant de lui. Claire a toujours été du genre à remarquer tous les détails. Le moindre signe pouvait éveiller ses soupçons. De plus, elle était tellement jalouse et possessive que je ne voulais pas courir de risque. Nous avons toujours eu une vision différente de l’amour : selon elle, quand on aime, on ne va pas voir ailleurs, selon moi au contraire, dès lors que l’être aimé est chéri, on peut se permettre quelques petites galipettes ailleurs. Elle savait que j’étais comme ça, mais je la comblais et l’aimais comme personne ne l’avait fait avant. C’était plus important que sa jalousie excessive… J’étais plus importante que sa jalousie excessive !

À force d’aimer ses défauts, avec le temps, j’avais développé une obsession : voir ailleurs jusqu’à ce qu’elle le découvre. Inconsciemment, cela me donnait non-seulement du plaisir à chaque seconde, mais cela me facilitait aussi le plaisir ultime… l’orgasme ultime. Les plus beaux orgasmes de ma vie, je les avais eus avec Claire. Et tous, étaient venus après une dispute. Quand je couchais avec une autre personne, l’idée qu’elle le découvre me faisait jouir beaucoup plus que l’acte en soi. Une obsession tellement bizarre… Je suis malade, je sais !

J’aime et je me fais aimer. Je suis toxique, je sais aussi ! C’est plus fort que moi. Je n’y peux rien. J’ai fini par l’accepter… Claire a fini par l’accepter, je crois !

Une fois, elle m’avait trouvé avec sa patronne. Elle était contrariée, mais je l’avais invitée à nous rejoindre et elle était venue. À nous trois, sur le lit, nous sommes devenues le monde. Nous avions fait de Claire notre reine. Ma langue était devant et celle de sa patronne derrière. Elle a pleuré, nous avions ri. Pour la première fois de nos vies, elle a adoré ma toxicité.

Ma relation avec Xavier commençait à durer un bon moment. Je ne savais pas trop si elle ne l’avait pas découvert ou si elle faisait semblant. En général, elle mettait beaucoup moins de temps ! Je continuais en négligeant beaucoup plus les détails. Je laissais l’odeur de Xavier sur mes habits, je savais qu’elle aimait humer mon odeur. Je le regardais beaucoup plus dans les couloirs de l’immeuble, etc.

Cependant, cette fois, c’était celle de trop. Je la regrette amèrement et Claire en a payé le prix fort. Elle était devenue obsédée par ça. Je ne l’avais pas compris sur le moment, mais quand tout devint clair, c’était déjà trop tard. Elle venait de se disputer avec Xavier et ce dernier l’avait violé. J’avais la rage. Je voulais le tuer. Je ne savais même pas comment me faire pardonner. J’aurais dû me contrôler. J’étais allée trop loin… tout était allé trop loin !

Je ne pouvais pas supporter de la voir souffrir autant à cause de moi. Il m’était impossible de me regarder dans un miroir. J’étais devenu monstrueux et je détestais ce que je regardais. J’avais décidé que mon salut devait être la mort de Xavier.
Je suis rentré dans son appartement, un poison en main, avec pour objectif de passer l’acte. Il n’était pas chez lui. Il buvait en général beaucoup de vin. Je savais que si j’arrivais à empoisonner au moins l’une de ses bouteilles, il allait finir par mordre à l’hameçon. Ce n’aurait été qu’une question de temps.

Mais j’étais trop lâche. Je ne pouvais pas tuer. Quand je l’ai compris, tout un tas de souvenirs sont remontés à la surface : ma mère, l’église, Dieu !

« Tu ne tueras point !»

Ce commandement m’est remonté à la tête. J’ai pris peur et j’ai laissé la chopine de poison dans l’appartement de Xavier par inadvertance. Je ne le compris que le lendemain matin. Je cherchais une occasion de rentrer dans son appartement pour récupérer la chopine, mais il était resté à l’intérieur plusieurs jours. Il ne récupérait même plus ses colis et son journal. 5 jours après, le gardien trouva cela louche. Il alla frapper, mais il ne trouva pas de réponse. Il avait une clé, il y pénétra. Xavier était mort.

Selon la police, il n’était pas mort depuis longtemps. Deux jours, grand max. On ne retrouva pas la chopine. Je ne crois pas que c’était un hasard. Je pense qu’il s’est empoisonné lui-même et qu’il a fait en sorte de s’en débarrasser bien avant. Il avait quand même passé trois jours enfermé dans son appartement. Pendant ces trois jours, je pense que sa conscience lui avait fait la guerre et qu’il comprit qu’il ne méritait pas de vivre puisqu’il n’était qu’un gros tas de merde.

Qu’il aille brûler en enfer. Il ne sera pas regretté ici-bas !

Pour lire le témoignage 1, cliquez ici : https://valerydebourg.art.blog/2023/02/04/lappartement-deux-sans-trois/

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