Ne dis jamais rien à personne ! (Méfiez-vous des personnes gentilles, Texte 2)

La majorité des parents noirs frappent leurs enfants quand ces derniers commettent une mauvaise action. La douleur physique étant selon eux le meilleur moyen de faire comprendre aux enfants que leurs actes ont des conséquences. L’idée étant de les fouetter pour éviter que ce ne soit la vie qui le fasse à leur place. Ma mère faisait partie de cette majorité.

Comme tous les enfants, parfois, je faisais n’importe quoi, et dans ces cas-là, elle me frappait. Elle ne le faisait pas pour un oui ou pour un non, le fouet était son dernier recours, pour me montrer qu’il doit y avoir une limite à toute chose. Cependant, je ne comprenais pas cela. Aucun enfant ne comprend, je crois… Et comme tous les enfants, quand elle me tapait dessus, pendant un court instant, je la prenais pour un monstre.

Carlos avait compris cela et à ces rares occasions, il profitait pour agrandir ce court instant d’incompréhension et d’interrogation en un instant plus long… bien plus long ! Me faisant sentir que je ne pouvais rien dire au monstre que ma mère était et que ma personne de confiance dans la maison devrait être lui, et non elle. Et chaque fois que l’occasion se présentait, quand ma mère était absente, il continuait à me toucher de la manière non-conventionnelle qu’il savait le faire, comme bon lui semblait.

Les jours passèrent, je communiquais moins avec les autres. Je me renfermai sur moi-même. À 10 ans, j’eus mes premières règles. Une étape très importante dans la vie d’une fille. Je ne comprenais pas ce qui se passait : j’avais été réveillée par la douleur, mes habits et les draps remplis de sang… En y réfléchissant bien, sur l’instant mon cerveau d’enfant paniqué avait peut-être reçu une image démesurée de l’état réel des draps !

Je ne paniquai pas tout de suite, mettant du temps à comprendre que le sang provenait de mon vagin. Quand je le compris enfin, je me souviens avoir hurlé de toutes mes forces. Mon beau-père et ma mère ne tardèrent pas à arriver dans ma chambre, pensant sûrement que c’était grave ou que j’étais en danger. Quelle a été leur surprise de voir que ma chambre n’avait rien d’anormal ! Plusieurs secondes se sont écoulées avant que ma mère ne remarque la tache de sang. Là, elle s’était assise à côté de moi, me prit dans ses bras calmement, puis me dit :

 » Ma chérie, ne t’inquiète pas, ce n’est rien.

– Comment se fait-il que je me sente mal, alors que ce n’est rien, maman ? lui questionnai-je, en pleurs.

– C’est une étape dans la vie de toutes les femmes, ma princesse. La douleur passera.  »

Je me calmai. Mes yeux se posèrent sur le visage de mon beau-père un court instant. Je crois l’avoir vu sourire de la même manière qu’il avait souri la première fois qu’il m’avait touché les seins. Cela ne dura pas, je crois ! Ma mère lui demanda gentiment de laisser ma chambre afin de me parler. Elle lui avait dit en riant :

« Nous allons avoir une conversation entre femmes, Grosse-Tête (c’était le surnom affectueux que ma mère lui donnait.), les hommes sont priés de sortir et d’aller vaquer à leurs occupations. »

Il ne se fit pas prier et sortit. Ma mère se lança dans un long monologue sur ce qui était en train de m’arriver. Elle essaya de chercher les mots justes afin de ne pas brusquer l’enfant que j’étais, se disant sûrement que j’allais comprendre au fur et à mesure que je grandissais. Elle aborda le moins de point possible, le strict minimum : l’hygiène. Ensuite, elle m’amena à la douche, me baigna, alla me prendre des serviettes hygiéniques, changea mes draps tout en discutant avec moi.

Je ne compris presque rien à ce qu’elle m’expliquait. Par contre, des instants après, quand il lui a fallu aller travailler et que mon beau-père en partant après elle, m’avait dit en souriant d’un air sournois, que j’étais maintenant une femme, certainement, j’avais compris ce que cela voulait dire. La panique que j’avais ressentie après ses mots est restée gravée dans ma mémoire. Elle n’en sortira jamais, je crois.

Un ou deux mois après, ma mère devait aller en province, au mariage de l’une de ses amies de longue date. Elle n’allait pas rester longtemps : elle partait pour revenir le lendemain matin. Elle m’avait préparé à manger, m’expliqua comment je devais me nourrir au cours de la soirée et nous laissât seuls à la maison, mon beau-père et moi. Ce n’était pas la première fois qu’elle le faisait, par contre, c’était la dernière.

Carlos passa une partie de l’après-midi dehors. Il rentra vers les 20 heures. Il sentait l’alcool, ça se voyait au premier regard qu’il n’était pas dans son état normal. Il s’assit sur l’un des canapés, je ne me sentais pas menacé par sa présence. Je ne savais pas…
Je l’aidai à enlever ses souliers. Il m’avait apporté une glace, comme il le faisait souvent. Il me la donna, je m’assis à côté de lui pour la manger et pris le contrôleur, afin d’allumer la télévision.

« Jodi a se pa tele n ap gade » me dit-il .
Il m’arracha le contrôleur des mains. Sûrement faute à l’alcool, il me donna l’air d’un homme impatient, pressé d’accomplir une mission qui avait déjà duré assez longtemps. Il me prit la glace des mains pour la déposer.

« J’ai envie de finir ma glace, avais-je dit, d’une voix tremblante.

– Jodi a se pa krèm w ap manje avan non plis, répondit-il. »

Il me prit fermement pour me coucher sur le sofa. En deux ans, je m’étais habituée au fait qu’il me touchait les seins et ma culotte. Aucune autre personne n’avait pris connaissance de l’acte. Aucun signal d’alarme n’avait été déclenché et le fait que j’avais grandi dans cette situation m’avait privé du luxe de sentir la gêne et la panique au bon moment. Et puis d’ailleurs, il y en avait-il réellement un ? Je n’étais qu’une gamine toute seule face à un adulte. Il tenta de m’embrasser, son haleine sentait l’alcool, je tournai la tête.

« Tu me refuses, petite coquine ? Après tout ce que j’ai fait pour toi. Après tous ces cadeaux et toute cette attention ? Tu es maintenant une femme. Les hommes prennent soin des femmes. Laisse-moi prendre soin de toi ! J’ai assez patienté avec les préliminaires, laisse-moi te traiter comme la femme que tu es. »

À cet instant précis, le signal d’alarme avait enfin sonné. Je voulais fuir… je ne voulais plus qu’il me touche. Son haleine ne me plaisait vraiment pas. Le ton qu’il prenait non plus. J’essayai de me déplacer. Il me prit les mains et les pressa sur le divan pour ensuite déposer le poids de son corps sur moi. Il me faisait mal. La douleur déclenchait toujours un sentiment de panique en moi, je hurlai. Il déposa sa main sur ma bouche.

« Tout doux, ma chérie. Laisse ton papa prendre soin de toi !

La douleur augmenta. Je lui mordis les doigts, il hurla à son tour, et là, pour la première fois de toute ma vie, mon beau-père avait levé la main sur moi. Il me frappa à la tête avec une violence que je n’avais jamais connue avant me donna un deuxième coup sur la bouche et le nez. Mon sang coula. Je ne sentis plus la force de me débattre. Il enleva ma culotte d’un mouvement brusque et rentra en moi violemment.

Une fois…

Deux fois…

Trois fois…

73 fois… Je comptai 73 coups de reins ! Cet homme que ma mère et moi faisions confiance, m’a labouré la chair 73 fois. Je sentis mon bas-ventre se déchirer et le sang sortir de partout. Je perdis connaissance.

Le lendemain, ma mère rentra à la maison. Elle me trouva sur le divan, le corps ensanglanté. Elle pleura à chaudes larmes et hurla le nom de mon beau-père, il n’était pas là. Ses bruits me réveillèrent. J’essayai de bouger ma tête, mais me rendis compte rapidement, par la migraine que je sentis, que je ne trouverai pas la force de le faire. Ma mère vit cela. Elle courut vers moi et me prit dans ses bras en pleurs. Je pleurai avec elle.

« Qui t’a fait ça ma chérie, me demanda-t-elle ? »

Je ne saurai dire si elle connaissait déjà la réponse, je n’étais pas apte à interpréter les expressions de son visage. Je répondis et à cet instant précis son visage en pleurs laissa apparaître une autre expression. Dégoût… honte… remord… je ne saurais dire. Elle inspecta toute la maison. Mon beau-père n’était pas là. Quelques-uns de ses habits avaient disparu. Elle tourna en rond, quelques instants, puis, elle vint s’asseoir à côté de moi. Pendant un long moment, ce fut le calme complet. Ensuite, elle me porta à la douche, me baigna, puis m’amena dans ma chambre.

Elle me donna plusieurs comprimés et une infusion de tisane, ensuite elle me berça jusqu’à ce que je m’endorme, puis sortit. À mon réveil, des heures après, toute la maison était propre; sans aucune trace de sang, ou même de poussière. Le divan n’était pas dans le salon, il était dehors, en train de sécher. Ma mère m’invita à venir manger, je ne me fis pas prier, j’avais faim et elle m’avait préparé mon plat préféré. Nous ne nous dîmes rien pendant tout le repas. À la fin, je la regardai ; je suis sûre des expressions que j’avais vues dans ses yeux : de la honte, du gêne et de la douleur. Des larmes coulèrent sur ses joues, puis, elle leva sa tête, me regarda doit dans les yeux et me dit :

«  Ne dis jamais rien à personne !  »

Cette micronouvelle est la suite de :  » Méfiez-vous des personnes gentilles ». Pour lire l’autre, cliquez sur ce ce lien : https://valerydebourg.art.blog/2023/01/15/mefiez-vous-des-personnes-gentilles/

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