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La machine du chaos 4

Le monde était en deuil. La terreur et le chaos régnaient partout. En deux heures seulement, plus de six grandes villes venaient de disparaître de la carte du monde : Santo Domingo, Miami, Paris, New York, Moscou, Péquin… Certaines autres, voisines à celles-ci, comme : San Cristobal, El Carril, Bajos de Haina, Miami Beach, Brownsville, Gladeview, Chantilly, Reims, Le Mans, Jersey City, Weehawken, Hoboken, Reutov, Marfino, Nemchinovca, Tongzhou, Daxing, Mentougou, et au moins une quarantaine d’autres villes avaient elles aussi disparu complètement ou en grande partie. Et un peu partout dans le monde, des citoyens de plusieurs centaines d’autres villes souffraient ou allaient souffrir à cause des effets néfastes des explosions.

À la fin du XXe siècle, le monde avait connu l’implosion de nouvelles entités internationales : les entreprises transnationales, les organisations non-gouvernementales, les mégapoles, etc. Les chefs de chacune de ces entités sont devenus des dieux sur Terre. Chaque année qui passait mettait un nouveau record : la science n’avait jamais connu autant de progrès, les grandes villes n’avaient jamais été aussi fortes avec un mélange culturel et ethnique comme il n’avait jamais été question auparavant. 

Malheureusement, rien ne changea dans les pays pauvres. Si le dicton avance que l’argent va toujours chez l’argent, à demi-mot, il confirme un fait : la misère reste toujours chez elle. Toujours, les hommes se sont dit que pour qu’il y ait des riches, il est impératif qu’il y ait des pauvres. Ce qu’ils ont toutefois oublié, c’est que tout le luxe du monde ne peut enlever l’odeur pestilentielle de la misère. Tant qu’il y aura des gens misérables sur cette Terre, il n’y aura jamais, au grand jamais, de paix pour les riches et trois pauvres heures ont suffi pour prouver cela.

Un peu partout dans le monde, des villes étaient couvertes de fumées. La lumière du Soleil était obstruée par les ombres. Les cris de douleur, de peines et de terreurs se faisaient entendre dans les fins fonds de la Terre. Moins de trois heures après le largage de la première bombe, à Santo-Domingo, il n’y avait absolument pas de mots pour décrire la situation mondiale. La panique et la peur étaient généralisées. Il était beaucoup trop tôt pour mesurer entièrement l’ampleur des dégâts. Donner des chiffres dans un délai aussi court était impossible. Pour beaucoup, c’était l’Apocalypse ! Il y avait une seule évidence : il n’était plus uniquement question d’Haïti, le monde venait de changer, et à cela, il ne pouvait y avoir aucune contestation… Aucun retour possible ! Mais le pire dans tout cela est qu’absolument personne ne pouvait savoir si oui ou non, d’autres bombes n’allaient pas être larguées. Tout le monde s’attendait à ce que l’ONU dise un mot.

Dès sa création, en 1945, six organes avaient été créés par sa charte. Ces organes, considérés, comme les principaux de l’Organisation, avaient été créés pour veiller sur le monde, y maintenir la paix grâce à une bonne coopération entre les nations et surtout, le protéger d’éventuelles guerres. La plus puissante : le Conseil de Sécurité, composé de quinze membres, avait pour responsabilité principale de maintenir la paix et la sécurité internationale. Cinq membres, les cinq pays les plus puissants au monde possèdent au sein du conseil des sièges permanents : Les États-Unis d’Amérique, le fils prodige de l’Europe qui est devenu beaucoup plus puissant que sa mère ; la Grande-Bretagne, la Reine des mers ; la France, la puissance sur papier, qu’on avait mis dos à terre pendant la Deuxième Guerre Mondiale, mais qui avait put obtenir son siège au Conseil grâce à son passé glorieux ; la Chine, l’une des premières « grande puissance mondiale des temps modernes », qui a compris bien trop tard qu’elle aurait dû, pendant ses meilleures années, imposer sa force et sa puissance dans le monde ; et enfin, la Russie (Qui a hérité du siège de l’URSS), l’éternelle envieuse, qu’il fallait absolument garder dans les rangs pour éviter de se retrouver face à elle. 

Les 10 autres membres étaient élus par l’Assemblée générale chaque deux ans.

Dans les faits, des dizaines d’années durant, le monde d’après la Deuxième Guerre mondiale n’était pas trop différent du monde d’avant. Les pays les plus puissants imposaient toujours leurs lois à ceux qui l’étaient bien moins. Le Conseil de sécurité de l’ONU était simplement devenu une arme de plus des puissances. Et il a fallu trois heures… Trois pauvres heures pour prouver que le Conseil avait failli à sa grande mission.

Pour que le Conseil puisse se réunir chaque fois que le besoin se faisait sentir, La Charte exigeait de chaque membre la présence permanente d’un représentant au siège de l’ONU, mais la réponse de la Russie aux États-Unis avait tout ravagé. Pour la toute première fois de son histoire, l’organisation n’avait plus de siège social, mais ce n’était pas le pire. Le pire, c’est qu’absolument tous les représentants des pays au Conseil de Sécurité et au siège de l’ONU, et surtout tous les diplomates importants, avaient très certainement péri lors de l’explosion de New York.

Des pays membres du Conseil de Sécurité, seulement un seul n’avait pas encore subi d’attaque directe : la Grande-Bretagne. Londres, première ville à avoir accueilli une séance du Conseil, capta l’attention de tous et sans qu’on eût besoin de le formuler, la ville devint le centre du monde après les trois heures fatidiques. Les citoyens, paniqués à l’idée d’être les prochaines cibles de bombe, par centaines de milliers décidèrent de quitter la ville, créant un embouteillage monstre dans toutes les rues. Ce fut la première fois que certains entendirent parler d’Haïti, ce petit pays au fin fonds des Caraïbes, qui n’avait connu que la misère pendant le 21e siècle. Certaines fois, c’est de l’inconnu que le malheur venait et le malheur était là. 

L’Apocalypse biblique ne paraissait rien à côté de ce que les citoyens du monde venaient de vivre. À Washington, un groupe de citoyens en colère contre le gouvernement qui n’avait pas pu les protéger du pire attaqua la Maison Blanche. L’armée réussit tant bien que mal à mater la rébellion, mais de toute évidence, le climat de terreur aux alentours de la Maison Blanche n’était rien à côté de la situation dans les rues des différentes villes du pays. Des magasins étaient pillés, certains quartiers étaient en feu et il était très difficile aux pompiers d’y accéder. Des gens fuyaient des zones maintenant considérées comme zones à risques en prenant leurs jambes à leur cou, bloqués, dans certains cas, par l’armée, qui ne voulait laisser personne rentrer dans des zones considérées comme non risquées sans avoir considéré au préalable l’avis des experts en armes nucléaires. 

Londres, afin de calmer ses concitoyens, pour sa première décision en tant que siège social de l’ONU, décida d’éliminer ce qu’il avait osé appeler « le problème Haïti ». Et, contre l’avis de bon nombre, sous le coup de l’émotion, le Conseil ordonna le larguage d’un important missile nucléaire sur la petite île des Caraïbes, sans en mesurer les conséquences.

Haïti, la République Dominicaine, Porto-Rico, Jamaïque, une partie de Cuba et des îles vierges disparurent sous les cendres à cause des actions d’une poignée d’individus. Le chaos devint seul maître du monde. Le monde rentra dans une nouvelle ère.

Ce texte fait partie d’un ensemble. La partie 5 sera publiée si les 4 textes totalisent 5000 lectures.

L’histoire complète sera disponible en librairie après la grande crise qu’Haïti traverse.

Cliquez ici pour lire la troisième partie : https://valerydebourg.art.blog/2024/04/17/la-machine-du-chaos-3/

Cliquez ici pour lire la deuxième partie : https://valerydebourg.art.blog/2024/04/17/la-machine-du-chaos-2/

Cliquez ici pour lire la première partie : https://valerydebourg.art.blog/2024/04/17/la-machine-du-chaos-1/

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La machine du chaos 2

Quand on donne des armes à des frustrés à qui la vie n’a jamais fait cadeau, il faut toujours s’attendre au pire. Quand en plus, ces frustrés ont accès à des ressources presqu’illimitées, il ne faut jamais trop les chercher. Dans toutes les guerres, ceux qui ont perdu le plus, sont le plus à craindre. Il est beaucoup plus facile pour eux d’oser le pire, parce qu’ils estiment l’avoir déjà vécu.

La première bombe explosa à Santo-Domingo. L’explosion était si grande que les effets atteignirent les frontières haïtiano-dominicaines. Le président de la République Dominicaine, la majorité des ministres et sûrement une bonne partie des membres du Corps Législatif étaient sûrement morts. On ne pouvait estimer les dégâts sur le moment. Peut-être plus d’un million de victimes… Les scientifiques savaient déjà que cela aurait des répercussions sur toute la zone des Caraïbes. Peut-être même aussi sur les États-Unis, le Mexique et certains pays de l’Amérique Centrale. On ne savait pas encore… Tout au moins, il fallait à chaque cerveau un moment de répit pour assimiler la nouvelle.

Mais la machine du chaos ne donnait ni de répit, ni de pause. Quitte à rendre l’impossible possible, il avait toujours fallu que les criminels poussent le bouton encore plus loin.

Pendant les années de la Guerre-Froide, les Américains du Nord imposèrent une dictature dans la majorité des pays de l’Amérique du Sud et de l’Amérique Central. La peur des Socialistes était telle, qu’ils avaient jugé bon de contrôler tous les agissements de leur zone. La coopération Cubano-soviétique n’avait fait qu’intensifier les cauchemars des Américains et, plus ils avaient peur, plus ils se montraient menaçants. Pour contre-carré la menace, les Cubains passèrent à l’offensif, menaçant de rayer Miami de la carte au moindre acte déstabilisateur dans leur territoire. Les menaces des deux côtés durèrent des décennies et continuèrent même après la fin de la guerre. Et puis on essaya de rentrer dans un nouvel air, un air d’entente entre les deux nations. Cela fonctionna, cependant plusieurs années après, alors que le danger était écarté, le pire se produisit à Miami et ce n’était pas la faute de Cuba.

Avant même que l’on ne digère la nouvelle de l’explosion à Santo-Domingo, une deuxième bombe explosa. En une fraction de seconde, un battement de cils, Miami fut rayé de la carte, mais l’explosion ne s’arrêta pas là, une grande partie de la Floride était complètement détruite. Il était clair qu’on avait dépassé les 10 millions de morts.

La vie, si elle est d’un côté notre bien le plus précieux, est tellement fragile. Les hommes n’ont jamais pu en comprendre le sens, le but ultime. Et alors qu’ils auraient dû consacrer toutes leurs existences à la chercher et à améliorer la vie de tout un chacun, ils ont préféré investir dans les armes… Longtemps plus qu’ils n’ont jamais investi dans la paix dans le monde, dans l’éradication de la famine, ou même dans les recherches scientifiques pouvant améliorer la vie de tout un chacun. Le budget militaire annuel d’un pays riche fait plusieurs centaines de fois le budget annuel de dizaines de pays en voie de développement réunis. Et personne ne voit en cela une mauvaise chose. 

En Haïti, les corrompus ont pris le contrôle de tout, ne laissant presque rien au peuple, si ce n’est que de la crasse et de la misère. Et personne n’a vu qu’à un moment de la durée, on aurait dû arrêter tout cela. Personne, même pas les Haïtiens, n’a vu qu’Haïti méritait mieux. 

Le monde entier était en deuil. Haïti venait de lui souffler sa misère en plein visage en quelques minutes à peine. Et ce n’était pas une rumeur : la misère sent réellement mauvais… Nauséabondes à en faire pâlir les latrines !

En un temps aussi court, des millions de familles étaient en deuil. Et des dizaines de millions, de partout dans le monde pleuraient toutes les larmes de leurs corps. D’un seul coup, personne ne se sentit à l’abri et, en une fraction de seconde, partout au monde, on ressentait cette peur à déchirer l’âme qu’avaient ressentie les Haïtiens des décennies durant. Le chaos régna partout dans le monde et d’urgence, absolument tous les gouvernements du monde convoquèrent une réunion pour retomber, pendant un long moment, dans des débats qui donnaient l’impression d’être interminables.

La Russie et la Chine, qui depuis longtemps attendaient la première occasion pour s’imposer comme Grande Puissance, voulurent en profiter. Pour les politiciens, le bon moment de passer à l’acte était toujours maintenant. Et pour sûr, les politiciens de ces deux États se disaient que s’ils rataient cette occasion, ils devraient peut-être attendre encore longtemps pour en trouver une nouvelle. Washington était en alerte au niveau maximal. Maintenant que le monde entier constatait qu’il n’était pas invulnérable, le danger pouvait venir de n’importe où ou de partout à la fois. Jamais le pays n’avait connu pareille crise… Le monde aussi…

La panique était générale. D’un seul coup, le calme plat régnait sur presque tout le territoire américain. Un mutisme généralisé… Du jamais-vu dans toute l’histoire de l’humanité. Et puis ensuite, les prières et les pleurs ont commencé à sortir de partout. Ceux qui croyaient en l’existence d’une autorité suprême quelconque ne savaient plus à quel Saint se vouer. Les minutes étaient interminables… Insoutenables aussi !

Les minutes d’après l’explosion de la bombe, le marché boursier explosa à son tour et pour limiter les dégâts, l’État américain fut obligé de prendre une décision extrême : suspendre toutes les activités jusqu’à nouvel ordre. En moins de deux dizaines de minutes, la crise avait déjà frappé absolument toutes les sphères du pays. Toutes les institutions du territoire américain : les écoles, les institutions privées, et même la grande majorité des institutions étatiques avaient fermé leurs portes. L’impensable et l’inimaginable étaient maintenant réels.

Et puis après les vingt minutes, le chaos conquit le territoire américain entièrement. Le peuple paniqué devint incontrôlable. Les citoyens avaient la rage et en premier lieu, dans plusieurs États, on commença à prendre les Haïtiens pour cible. L’ambassade de l’État haïtien exigea à tous ses ressortissants de rentrer d’urgence à leur domicile, dans les églises si leurs domiciles sont trop loin, et pour ceux qui sont dans les rues proches de l’ambassade ou d’un consulat haïtien d’y rentrer rapidement.

La machine avait pris en puissance, mais elle n’allait absolument pas s’arrêter à cela. Elle avait soif de sang et pour assouvir son désir, il fallait encore qu’elle prenne en régime. Une troisième bombe explosa…

Ce texte fait partie d’un ensemble, cliquez ici pour lire la partie 3 :  https://valerydebourg.art.blog/2024/04/17/la-machine-du-chaos-3/ ;

.- et ici pour lire la première partie : https://valerydebourg.art.blog/2024/04/17/la-machine-du-chaos-1/

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La machine du chaos 3

Paris est cette ville qui dit bonjour au ciel, la cité de la lumière et de l’amour. Centre du monde de l’art, de la gastronomie et de la culture, elle est un patrimoine mondial. Avec ses hôtels et ses boutiques de luxe, ses musées et ses monuments historiques, la ville entière raconte une histoire : celle de l’humanité, des différences, des inégalités sociales, de l’esclavage et d’une puissante colonie, mais aussi, celle de la beauté. 

Si les rapports d’Haïti et de la France ne datent pas d’hier, l’histoire des deux pays, étroitement liés depuis la période de l’esclavage, a toujours été un exemple parfait des rapports entre dominé et dominant et de son évolution. Si la France clame à tout bout de champ sa grande Déclaration universelle des Droits de l’homme datant de la fin du XVIIIe siècle, elle a fort souvent oublié de mentionner l’apport d’Haïti à tout cela. St-Domingue, cette terre de révolution devenue Haïti, a été le champ de toutes les luttes contre les discriminations possibles : blancs-blancs, noirs-blancs, rouges-blancs, etc. Et puis après, quand il a été question de liberté, Saint-Domingue a toujours été à l’avant-garde. 

St-Domingue est devenu Haïti et les Français, d’une certaine manière, ne l’ont jamais accepté. Jusqu’à date, ils évoquent Haïti et Saint-Domingue comme si deux entités à part, différentes l’une de l’autre. Alors qu’en fait, les deux ne font qu’un : Saint-Domingue et Haïti se complètent. Ce sont deux faces d’une même pièce. 

Les rapports entre les deux pays ont continué même après l’indépendance. Si par la force de leurs points et de leurs machettes, les anciens esclaves avaient obtenu ce qui leur revenait de droit aux blancs : leur liberté, en battant l’armée de Bonaparte, deux dizaines d’années après l’indépendance, alors que le pays, dirigé par un lâche, était en pleine crise, les Français étaient revenus. Exigeant des anciens esclaves le paiement d’une indemnité pour leurs biens perdus : les esclaves. La mauvaise blague !

Ils imposèrent au peuple haïtien la force de leurs canaux et le président de l’île, peureux, accepta. Il y eut la dette de l’indépendance, mais plus compliqué encore, il y eut la double dette. 
Des dizaines d’années durant, le peuple a dû payer pour sa liberté. La dureté de la vie et les taxes exorbitantes exigées par l’État entraînèrent l’instabilité de l’île qui se divisa pour ne plus se récoller. Paris, cette grande ville, a toujours été au centre des grandes décisions liées à Haïti jusqu’à la fin du XXe siècle. La présence de Paris était constante et malheureusement, Haïti n’était pas un cas particulier. La même barbarie est jusqu’à date répétée dans plusieurs pays d’Afrique et d’ailleurs.

Quant au début du XXIe siècle, un président haïtien lança un processus de réclamation de l’argent de la dette de l’indépendance, le poids de la colonisation et de l’impérialisme fut rappelé au peuple tout entier. L’affaire réparation restitution, le fameux procès qui n’a jamais réellement vu le jour. Une exigence de 21 milliards 685 millions, 135 milles, 548 dollars US. Près de vingt ans après, la somme frôle les 30 milliards de dollars. L’affaire n’a jamais réellement eu lieu, mais les Haïtiens n’avaient pas oublié… Les gangsters, dont quelques-uns étaient des anciens « chimè », liés directement au président de la République de l’époque, n’avaient pas oublié.

La troisième bombe explosa, et la ville lumière s’éteignit… Paris devint cendre en quelques secondes à peine. Cette fois, c’était bel et bien réel : le monde venait de prendre un autre tournant. En ce petit bout oublié du monde qu’était Haïti, il y avait bien trop de colère.

L’OTAN se réunit en urgence, la situation était catastrophique. Les dégâts étaient immenses et d’autres dangers étaient imminents. La machine du chaos, devenant incontrôlable maintenant, jouait contre tous ceux ayant soif de vengeance ou de pouvoir qui voulaient s’en emparer. Moins d’une heure après la première explosion, le monde assistait à ce qui allait être le plus grand génocide de toute l’Histoire humaine. De partout dans le monde, on voulait s’en prendre à tous ceux qui ressemblaient de près ou de loin à un Haïtien. La vérité que l’on a souvent oublié, c’est qu’absolument tout le monde pouvait ressembler à un Haïtien. Et cela, même les Haïtiens l’oubliaient fort souvent. Les personnalités publiques haïtiennes, preuve absolue de ce fait, qui évoluaient à l’étranger ont été prises pour cible et avec elles, tous ceux qui leurs ressemblaient de près ou de loin. Le carnage était immense, et là où on n’osait pas la violence physique, on usait d’autres formes de violence.

On le répète tout le temps : Haïti ne produit aucune arme, comment des gangs d’un si petit pays pouvaient en posséder autant. Il ne s’agissait évidemment pas uniquement d’Haïti, pour sûr. Il y avait d’autres coupables. Mais qui étaient-ils !? Bien évidemment, dès qu’on posa la question, le monde entier regarda les États-Unis d’un air suspect. Mais les Américains eux aussi étaient des victimes et il était beaucoup trop tôt pour chercher le coupable. Ce qui devait importer maintenant, c’était comment sauver le plus de vie humaine possible ; mais en plus, personne ne savait si oui ou non, il n’y avait pas d’autres missiles pointés en direction d’autres grandes villes, il fallait donc arrêter la machine à tout prix.

Trouver rapidement une solution à tout cela était un impératif. La situation mondiale l’imposait. Dans de nombreuses villes situées dans divers endroits de la planète, le désordre était déjà présent. Et, lorsqu’il n’était pas maître, il cédait sa place au silence et à la peur.

Dans les journaux, on rapporta le lynchage de plusieurs Haïtiens dans plusieurs grandes villes du monde. Et les armés des différents pays avaient beaucoup de mal à calmer le jeu. Ce que les gens en colère oubliaient, c’est qu’en fait, Santo-Domingo, Miami et Paris faisaient partie des villes où la diaspora haïtienne affluait le plus. Et depuis la crise en Haïti, le nombre avait augmenté grandement. Dans les faits, les gangsters haïtiens, classés par l’ONU depuis la dernière heure, danger public numéro 1, ne se souciaient de personne. Mais le comprendre allait sûrement prendre un bon moment aux autres nations.

Les grands malheurs font fort souvent ressortir le pire en nous. Les vices et l’avarice se manifestent chez chacun. Et pourtant, quand les malheurs se pointent, chacun doit se battre pour éviter de céder à ses démons. Ceux qui n’y arrivaient pas déchaînèrent fort souvent une rage incontrôlable sur leur entourage et surtout, elle ne laissait place à aucune bonne pensée. De peur que Moscou et Péquin, ne profitent de la situation pour prendre le dessus sur absolument tous, les États-Unis osèrent à son tour l’inimaginable : ils larguèrent deux bombes sur les deux villes, essayant de mettre en cause les Haïtiens. Dans sa rage, les États-Unis imposèrent la perte à absolument tout le monde. Être dans un état plus animal que cela était impossible ! 

Mais la machine du chaos n’allait pas s’arrêter à cela. Quand on pensait voir le pire, le pire ramenait toujours les siens. La machine prit encore en régime, la Chine et la Russie découvrant que la destruction de leur capitale était la faute des Américains, explosèrent New York et Texas.

Ce texte fait partie d’un ensemble, cliquez ici pour lire la partie 4 :    https://valerydebourg.art.blog/2024/04/17/la-machine-du-chaos-4/ ;

Pour les précédentes parties, cliquez ici pour lire la deuxième :   https://valerydebourg.art.blog/2024/04/17/la-machine-du-chaos-2/ ;

.- et ici pour lire la première : https://valerydebourg.art.blog/2024/04/17/la-machine-du-chaos-1/

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La machine du chaos 1

L’irréparable a été commise et contrairement à ce qu’on pouvait penser, ce n’était ni la Russie, ni les États-Unis, ni un pays arabe, ni même la Corée du Nord qui avait agi. Le coup est venu là où on s’y attendait le moins: au bout du monde, en Haïti, parmi ces êtres que tous avaient décidé d’oublier.

Après le séisme du 12 janvier, la situation de ce peuple, qu’on avait décidé d’enfoncer dans la crasse, a détérioré à une vitesse à laquelle personne n’aurait pu oser imaginer. On avait cru qu’avec le tremblement de terre, le pays avait touché le fond et, vu qu’il n’y avait pas moyen de descendre plus bas, un air nouveau allait finalement être soufflé. Mais ici, sur cette terre qui avait donné sens au mot «liberté », l’impossible n’était pas du tout la limite. Aucun gouffre n’a de fond!

Des années après, le peuple avait continué à patauger dans la crasse, mais cette fois, ce n’était pas à cause de la nature, qui impose toujours ses lois aux hommes. Il a fallu que l’impossible devienne possible: que le Président de la merde devienne aussi Président d’Haïti, pour que le point de non-retour soit activé. Une mauvaise blague. L’erreur qu’il ne fallait jamais commettre. La faute ultime. La blague que personne n’aurait prise au sérieux.

Ce qui est fait est fait. Fatiguer de chercher un responsable à la situation du pays, tous avaient espéré que l’impossible vienne encore se mêler à la partie, que pour présider la merde, il n’était pas nécessaire d’en être couvert. Après tout, personne n’était trop exigeant sur cette moitié d’île, mais à ne rien exiger, on finissait toujours par ne rien obtenir. Croire que parfumer la merde pouvait enlever son odeur était un rêve trop grand. Un luxe de plus que les pauvres ne pouvaient s’offrir. 

Comme héritage de leurs ancêtres, des siècles durant, certains des oubliés ont dansé une danse en l’honneur de leurs dieux, méprisés eux aussi par les autres peuples, mais surtout par leurs fils et filles à force d’inculcation de valeurs occidentales. Au son de tambour et comme le vent qui souffle, leurs mouvements avaient été légers, souples, imposant. Et pour châtier ce peuple qui ignorait tout de ce qu’il était, avec les mêmes qualificatifs, le premier scandale est venu. Comme la danse, Pétro avait été son nom et exactement de la même manière dont le peuple n’accordait pas de valeur à sa culture malgré son importance, il avait décidé de ne pas en accorder au scandale aussi.

Et puis il y eut d’autres scandales. Encore… et encore… et encore… Jusqu’à donner l’impression que cela ne s’arrêterait jamais, transformant le pays en une zone de chaos total, un galimatcha infini, un mélange dont personne ne saurait identifier les composants. Et puis, un incompétent de plus est venu, le fils de l’autre. Un inconnu, dont personne n’avait entendu parler avant les élections, qui avait apparemment une plantation de banane capable de nourrir toute l’Île… Une plantation transparente… Impossible n’est pas haïtien !

Et, la situation devint si grave que l’État ne put/voulu faire face aux différentes crises. L’inflation à deux chiffres et les problèmes liés aux ratés de carburant, dû au vote du Président, le fameux bananier, contre un pays amis, mettaient de l’huile sur le feu. Mais en plus, le bananier s’est pris pour le second de Dieu, déclarant qu’après ce dernier, lui seul avait le pouvoir. Comme Jésus répétant que nul ne venait au Père, si ce n’était pas par lui !

Pendant son temps, il a montré un désir obsessionnel de se mettre à dos toutes les classes sociales. Du plus pauvre au plus riche, tous trouvaient au moins une raison de se détourner de lui. Mais cela ne lui a pas suffi, il a fallu qu’il s’attaque aussi :
– aux libertés et aux droits dont disposaient chaque Haïtien;
– aux institutions étatiques et aux différents pouvoirs de l’État;
– et à la Constitution.

Et comme on s’y attendait, la bombe avait fini par exploser, le peuple en a eu marre. Plusieurs mois de crises se sont succédés pour ne plus finir et ensuite, le Président et les représentants de l’ONU, pour une raison qui jusqu’à jour reste trouble, ont décidé de fédérer les gangs. Ils se sont cru brillant, les types, mais les fils du peuple ont commencé à tomber par dizaines. Et ensuite par centaine. Il y eut des massacres dans tous les quartiers populaires. Ça n’en finissait plus. Comme Ésaü, vendant son droit d’aînesse a Jacob, l’État avait décidé de faire dont du monopole de la violence aux gangs et par cet acte, petit a petit, il perdu le controle du territoire Haïtien tout entier.

L’humain à cette fâcheuse tendance de se sentir menacé seulement quand des gens auxquels ils s’identifient sont attaqués. Et en Haïti, les discriminations et les problèmes de classes sont tellement ancrés dans le quotidien des gens qu’on se croirait au XIXe siècle. Tout d’abord, personne ne voulut réagir, mais ensuite, personne ne put ! Les gangs sont devenus ingérable, d’une puissance dont même la police ne disposait pas, enlevant ainsi à cette dernière une grande partie de sa force.  Il y eût encore plus de morts.

Certains se sont dit que les victimes étaient des oubliés, et que de toute manière ses quartiers étaient déjà remplis de gangs bien avant que la situation ne se détériore. Mais ensuite, il y eut pire: ceux qui se croyaient à l’abri du danger ont eux aussi commencé à être victimes. Des bourgeois et des gens de la fausse classe moyenne furent kidnappés, obligés de récolter des fonds, dont certains ne disposeraient plus pendant toute leur vie, pour être libérer. Certains furent aussi sauvagement assassinés. L’État perdit le contrôle sur absolument tout et le pays devint une jungle. Le chaos, cette bête remplie de haine qui avait été nourrie par le Président, le mangea, mais elle ne s’arrêta pas!

Des années après, les gangs atteignirent le niveau qu’ils n’auraient jamais dû atteindre. Ceux qui avaient été financés, protégés et soutenus par l’État au fil des ans sont devenus ceux qui le financent. Qui finance commande, le chaos ne s’arrêta plus, devenant la plus grosse machine de terreur jamais construite. Les citoyens perdirent leur tranquillité, et les mauvaises nouvelles devinrent le quotidien de tous. Chaque jour, des amis ou des parents furent victimes. 

Quand on sait qu’on n’est pas mieux qu’autrui et que la grande raison de toutes ses souffrances se résument en un seul mot : « Haïti », on se dit que forcément à un moment de la durée, ce sera aussi notre tour. Une seule chose était évidente : la machine du chaos allait finir coûte que coûte par entrer dans tous les foyers et dans toutes les institutions du pays, mais bien avant que cela n’advienne, plus rien ne pourra fonctionner…

Et puis, laisser le pays a dépassé le stade de la tendance, pour devenir une nécessité pour tous ceux qui étaient en quête de paix ou de progrès. Jusqu’à aboutir à l’inévitable : seuls ceux qui ne le pouvaient pas (la grande majorité) et ceux qui avaient des intérêts quelconques dans le pays grâce au, ou malgré le chaos étaient restés. Les autres, la minorité qui était toujours dans le pays parce qu’ils avaient toujours foi au changement, furent percus comme des fous. Trouver pire que cette situation était quasi impossible, mais encore une fois, on s’était trompé grandement, il y eut pire !

Sans que personne ne sût comment cela a pu se produire, l’un des plus grands chefs de gang du pays, un dénommé Poulet Grillé, eut accès à l’arme nucléaire. Tout d’abord, personne ne le crut. C’était un petit chef de gang, dans un petit pays de misère, qui voulait faire croire au monde qu’il était un libérateur, comment aurait-il pu obtenir pareille arme, même la Corée du Nord, qui s’en vante tout le temps, ne l’aura peut-être jamais…

Mais le chef de gang en question, comme il en est de coutume en Haïti chez les gangs, s’en est vanté sur YouTube. Et l’impossible et l’inimaginable, sous les regards du monde entier sont devenus bien réel. L’assemblée Générale de l’ONU se réunit d’urgence. Les gangs d’Haïti étaient devenus une menace réelle. Une bombe qu’il fallait absolument désamorcer au plus vite avant que des dégâts ne s’en suivent. Mais la réponse des gangs ne tarda pas. L’ONU n’aurait jamais dû retransmettre la séance en direct…

Les chaînes du monde entier, moins d’une heure après, furent obligées de couper leur programme afin de retransmettre une actualité en urgence : une bombe nucléaire venait d’exploser dans les Caraïbes. La carte du monde venait d’être retracée.

Ce texte fait partie d’un ensemble, cliquez ici pour lire la partie 2 :  https://valerydebourg.art.blog/2024/04/17/la-machine-du-chaos-2/

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Le journal d’un fou

J’aurais pu commencer autrement. J’aurais pu parler de tellement de choses… J’aurais pu parler de ma vie, mais je me suis rendu compte que c’était toi, ma vie. Toi, qui as mis tellement de temps à faire de moi ce que je suis. J’aurais pu parler de tellement de choses…

Je ne crois pas avoir été avant toi. J’étais déchiré à un point tel que je pensais ne plus pouvoir être recollé. Je voulais mourir ! Tu es venue, tu m’as regardé, tu m’as dit que j’avais le droit de vivre et je t’ai cru. Je n’avais ni rien, ni personne, tu as pris soin de moi, envers et contre tous. La jeune haïtienne de 24 ans que tu étais ne s’était pas soucié de ce que pensaient les autres pour ramener un jeune homme de vingt-et-un ans chez-elle… Un délinquant qui avait des pensées suicidaires.

Je n’étais pas de ton rang. Je ne le suis toujours pas encore. Je ne ressemblais pas à tes amis de la haute qui se ramenaient chez toi en voiture de luxe. Je ne savais rien des beaux quartiers. Je savais à peine lire tandis qu’à vingt-quatre ans, tu avais déjà obtenu deux maîtrises. Je me comportais toujours mal en public, j’avais des complexes, mais toi… Toi, tu t’en foutais de tout cela. Tu ne te souciais que de moi et de moi seul.

Je n’ai jamais compris ce que tu avais vu en moi. Pourquoi un beau jour une femme comme toi a décidé de fréquenter un homme comme moi. Qui plus est, je n’étais même pas sûr d’être un homme ! Il était tellement facile de trouver mieux que moi. Pourquoi tu es venue à mon secours ? Pourquoi tu m’as aidé après, en me logeant et en prenant soin de moi ? Pourquoi tu m’as choisi parmi tant d’autres ? Pourquoi tu as décidé de faire de moi le plus chanceux des hommes ?

Je ne méritais pas tout cela. Je ne te méritais pas ! Je le savais, tout le monde le savait… Tout le monde sauf toi ! Tes amis se disaient que j’étais une expérience ; que l’anthropologue en toi voulait tester les limites des lois humaines, braver les barrières des classes et réinventer l’amour. Ils se disaient tous que tu allais échouer. Je me le disais aussi ! Et pourtant, tu as réussi à faire de moi ta plus grande création : une œuvre parfaitement à ton goût.

Je me suis compris quand j’ai compris qui tu étais, quand j’ai pu voir au-delà de ta perfection et que j’ai vu à quel point les hommes t’avaient fait du tort à toi aussi. Toi, un être si parfait et si doux. À un moment de la durée, tu as compris que les meilleurs d’entre nous fort souvent ne le paraissaient pas et tu t’es intéressée aux autres et à leurs différences. Tu as pu voir au-delà ; tu as compris ce que la majorité des gens ne comprenaient pas : il n’y a qu’une seule classe, celle des hommes.

Je me suis compris quand j’ai compris qui tu étais. Quand j’ai compris que tout ce que tu réclamais, c’était que l’on te rende l’amour que tu donnes, comme tu le donnes. Avec la même force, la même passion et la même énergie. Je me suis compris quand j’ai compris qui tu étais : un être qui a été trompé, violé dans son âme. Et j’ai aimé être ta création. Aimer avec la même force que toi, tu aimes. Vivre avec la même force que toi, tu vis. Chérir chaque instant partagé en ta compagnie.

Tu m’as regardé dans les yeux et tu m’as dit que je méritais de vivre… Et je t’ai cru !
Nous avons vécu six ans, ces souvenirs sont mon bien le plus précieux. Six années incroyables où je t’ai aimé avec toute la force que mon âme me le permettait. Je me souviens encore de ton rire. De toi, assise, à travailler au salon alors que je cuisinais pour toi. Je me souviens de tes yeux, d’une lumière infinie ; de ta voix, douce comme le vent du printemps. Et je t’ai cru…

 » Vis ! « 

Je me souviens de tes mains… Que je les aimais, tes mains ! Elles qui m’ont aidé à accomplir tant de choses et qui m’ont guidé quand il m’avait fallu apprendre comment faire de toi une femme. Comment faire de nous un être complet, un symbole parfait… Elles qui m’ont appris la douceur que pouvait me procurer mes sens. Elles, tendues vers moi, à m’inviter à te rejoindre… À venir en toi. Elles qui m’ont reconstituées, qui m’ont appris à danser et qui me pinçaient avec amour quand je me comportais mal.

Je me souviens de tout. À nos jours, aucun détail ne m’a échappé. Ni au cours de ses années de bonheur, ni lorsque le malheur est venu : ce putain de cancer ! J’ai cru que j’allais craquer d’un instant à l’autre. Mais je ne l’ai pas fait. Pas de ton vivant en tout cas…

 » Cancer, stade 4 !  » avait dit le docteur.

 » … Je suis désolé, mais il ne vous reste que quatre mois, avait-il continué. »

Je ne pense pas que l’un de nous l’avait entendu dire autres choses après. Ce n’était pas un rêve, mais la vie s’était dite que nous étions trop bien ensemble. Elle avait décidé de me priver de toi et mon monde s’est mis à s’écrouler autour de moi.

« Nous allons surmonter cela ensemble » avais-tu dit.

La tête haute, toujours à réconforter les autres dans les pires malheurs… Même lorsque c’est toi qui souffrais et qui aurais du être réconfortée. Je t’ai regardé dans les yeux, tu as fait pareil, et tout était claire ; nous savions que cette montagne-là ne pouvait être contournée.

Je n’ai pas pu aborder le sujet avec toi après. J’aurais du, mais en vérité, je perdais tous mes moyens quand j’essayais ! Rien ne voulait sortir de ma bouche ! Je voulais te dire que je n’allais pas pouvoir continuer sans toi. Que j’allais mettre fin à mes jours juste après toi et je sais que tu m’en aurais dissuadé, comme tu l’avais fait avant ton dernier souffle.

J’allais t’expliquer que si je ne mettais pas fin à mes jours, ma vie allait être comme elle est maintenant : sombre, vide… Et j’allais devoir supporter la tristesse dans tes yeux. Je savais que tu ne t’accordais pas le droit d’être triste. T’infliger de la tristesse me paraissait insupportable parce que forcément, tu n’allais pas l’être à cause de ta situation, mais à cause de moi. Donc, au final, je ne regrette pas de ne pas t’avoir parlé de tout cela.

Tu voulais que je sois bien après toi. Tu m’avais laissé de quoi vivre, mais rien n’avait plus de sens.

Tu n’aurais pas dû m’imposer cela…

Je n’aurais pas dû te le promettre. Je voulais seulement que tu partes avec le sourire.

« Promets-moi de continuer à vivre, mon amour !

– Je… Je…

– Promets-le-moi. Tu le mérites !

-Je… Je te le promets. »

Tu es partie et cette conversation ne m’est plus sortie de la tête. À cause d’elle, je n’ai jamais pu trouver la force de passer à l’acte. Je ne savais pas comment vivre avant toi, tu me l’avais appris, mais maintenant que tu n’es plus là, j’ai oublié.

Tu m’as regardé dans les yeux avant de partir et tu m’as dit que je méritais de vivre. Je t’ai cru ; mais mon âme avait été forgée pour faire ta joie et ton bonheur. Il est sûrement parti avec toi…

xzyvst sa ti ka pa la ta do ba diat ja na ti…

Il est sûrement là où sa place est : près de toi !

Mis en avant

Tan ale, tan pa tounen !

Lavi te bèl pou timoun pa bò isit. Pandan chak mwa nan ane a, te toujou chaje aktivite. Te genyen pou tout timoun, pou tout laj.

Mwa janvye se te mwa zansèt yo. Nan kòmansman ane a, tout timoun ak adolesan, te gen pou pase lakay gran fanmi yo pou ale salye yo ak swete yo yon bon lane. Lè konsa, se te toujou lakoutantman, si tati entèl pa ba ou yon ti tchotcho, se te sèten, tonton entèl pa t ap kite w blanch. Pou pi gran yo, sila ki te prèske fini lekòl yo, se te mwa fèt filozòf. Lè konsa a, te toujou gen lajwa. Lekòl envite lekòl, pou elèv yo rankontre, diskite, òganize aktivite.

Pou bon flannè yo, se te mwa pou yo degaje yo fè yon bèl ti mennaj, yon timoun de bòn famiy menm jan avèk yo, pou yo prezante lakay yo. Lè konsa, se te lèt sou lèt ki t ap tonbe, ti boulèt avèk bèl ti pawòl dous, ti mo sikre pou fè lòlòj vòltije. Bon fransè te oblije pale. Pou sila ki pa t aplike lekòl yo, se te yon moman fawouch ak rizib, kote jèn ti demwazèl yo ap korije fot òtograf ak plim wouj pou yo tankou se te pwofesè. Ti medam lekòl kay mè yo te pi fò nan bagay sa a. Zizi pwenti yo…

M ap reflechi a jou yo, epi m pa ka anpeche m souri. Moman yo te bèl, te gen lavi e kè m pa sispann bat fò lè m ap panse ak yo. Mwa fevriye, se te mwa kanaval, mwa koulè, mwa madigra. Jou mwen te pi renmen ladan l, se te toujou jou kanaval etidyan an te konn tonbe a. Gade lè konsa, prensip la se te mete bèl frechè, pou al nan aktivite.

Gwoup vagabon parèy mwen yo ak mwen te konn pran plezi nan pase de lekòl an lekòl, de pwogram an pwogram. M sonje lè nou te nan segond, nou te fè pati sila ki te gen chans yo, nou te gen 2 vye ti bout Tracker. Gade lè konsa, nenpòt 16 jèn gason nan 2 machin yo, kanaval King Posse, Lejand, Koudjay ak ORS nou byen fò nan lari a. N ap fè bri, n ap ranse, n ap tcheke bèl ti gengenn. Nou pa t bezwen anpil pou nou te byen viv !

Mwa mas la a li menm te toujou long anpil, men se te pi bon toujou. Se te epòk nou te konn pran plezi nan fè tou bis. M sonje ane Zenglen lage album 5 etwal la, se te nan tou bis nou tout nan baz la te aprann li pa kè. Mete sou sa, te toujou gen aktivite entèskolè. Aktivite spòtif tankou basketball ak football, aktivite entelektyèl tankou konkou pledwari, konkou epelasyon ak deba kontwadiktwa, te menm gen aktivite pou sila yo ki te vle konkeri yon kè : jwèt korespondans.

Mwa avril se te mwa pak. Pati nan lavi m ki ap toujou mete kè kontan lè m panse ak li, se te lè m te piti. Yon timoun inosan, li pa janm twò difisil pou li pou l fè zanmi. Se pa de bon baz m pa fè epòk sa nan monte kap ak fè lago kache nan lakou Legliz la lè y ap fè aksyon de gras. Yon seri zanmi tan fè tounen fanmi.

Epi sitou, sa mwen pa p janm bliye se te kalte gwo pwason yo te konn banm manje yo. Tout chèn televizyon alawonbadè te toujou konn ap bay fim Jezi ak lòt gwo pèsonaj nan Labib yo. Se te yon plezi pou mwen pou m te reyini ak ti fanmi m yo devan televizyon an, pou nou t ap gade bèl ti komik Jozèf, Moyiz, Ti Jezi…

Mwa me, se te mwa travay ak drapo. Se te pi bèl mwa pou aktivite nan lekòl yo. Fwa nan tout lekòl, avèk sou plas piblik yo. Défilé elèv, òkès ak scout sou Channmas. M sonje tou ke sou Channmas, te konn gen zoo. Lè konsa, zanmi m yo ak mwen te profite pou dekouvri demezi se bèt nou pa gen pa bò isit yo : lyon, krokodil, jiraf… Sou plas yo te konn gen clown. Lè m di w sa a, se te bèl epòk.

Mwa jen, te toujou mwa egzanmen. Tout moun sou lekòl, menm sila ki ta pral double yo ! Vagabon pa t alamòd ; bagay la se te chita lakay ou pou w bat bèt ou, ou sinon fè gwoup de travay. M sonje pou egzanmen bakaloreya yo, patnè m yo ak mwen te gentan prè depi mwa mas ak avril pou sila pami nou yo ki te pi lan yo. Nou te konn fè vagabondaj se vre, men nou te toujou chèche mwayen pou nou jwenn tan pou lekòl nou. Rezilta, lè mwa jen rive, epi tout moun te strese, nou menm nou te relax! Nou t ap prepare egzamen nou vre, men se te revizyon nou tap fè paske n te gentan prepare n davans.

Gras ak sa, nou te toujou jwenn tan pou n fè ti vagabondaj nou pi rèd, kontrèman a grand majorite a. Mwa jen, se te mwa latristès tou. Mwa kote n te oblije separe, di orevwa a kamarad nou yo. M pa p janm bliye ane filo m nan. Se te youn nan ane nan lavi m kote m te pi kontan. M sitou pa p janm bliyen fen ane lekòl la. Li te tèlman mouvmante, ke si m ta kòmanse rakonte tout bagay konya a, m pa t ap janm fini. M sonje gradyasyon m… mizik K-dans lan ap pase nan tèt mwen. Lanmou… lajwa… tristès… separasyon… Senbòl lan pa yon jwèt, lavi nou tout ta pral pran yon lòt koub tout bon vre !

Mwa jiyè, se te mwa lakontantman. Tout timoun alawonnbadè te konn gentan an vakans. Lè m te piti, fanmi m yo te konn pran plezi voye m andeyò. Grann mwen se te moun ki byen cool. Bout madanm sa a te tèlman renmen m epitou, mwen tèlman konstwi bon moman ak li pandan peryòd sa yo…

Gou manje l yo pa p janm soti nan bouch mwen, ti istwa l te konn rakonte m avan m dòmi yo, pa p janm pa sonnen nan zòrèy mwen, je m ap toujou ka wè vizaj li menm si li pa la, nen m ap toujou sonje sant li… bon ti sant m te konn respire andeyò yo… po m ap toujou sonje trankilite ak lapè m te konn santi lè m te konn antre anba l pou m dòmi yo. Anyen pa p janm soti nan tèt mwen. Ni li, ni zanmi m te konn rankontre andeyò yo, ni beny bou te konn al pran nan rivyè yo, ni lè nou te konn ap jwe mab ak football nan tè yo.

Mwa dout se te mwa plezi. Pandan adolesans mwen ak epòk m te nan inivèsite, se te mwa m te plis konn enjoy mwen. Ale andeyò nan fèt chanpèt, al Okap, fete avèk kapwa yo, al Okay fete ak kayen yo, retounen Pòtoprens, ale nan sid fete avèk jakmelyen yo, ale Sodo… Kote plezi a ye se la zanmi m yo ak mwen te ye. M pa p janm pa sonje bèl ti medam m te konn rankontre yo.

Lè m te jèn anpil, mwen te tèlman timid. M pa t lèd ti gason, bèl ti medam yo te konn banm bò, epi m pa menm konprann menm. Men sa pa t janm anpeche kanmèm kanmèm, m te rive gen de bèl ti mennaj detanzantan. Lè m di nou sa a… gade madanm mwen mezanmi. Nou wè m son nèg ki konn gou djòl mwen! Ki konn sa k rele fanm, ki renmen fanm e ki ba l tout valè l mérite.

Pandan m te timid lan, m te batayè tou. M sonje m te kraze yon bal nan Cercle Bellevue. Bagay la a ap pase nan tèt mwen m ap ri. A koz bèl ti mennaj mwen yo, te toujou gon bann nèg, yon bann gwo djo k pa t konn fanm, ki te toujou kenbe m nan kè. M te nan bal ak yon ti gengenn, nou t ap danse yon Zenglen, Nickenson Prudhomme t ap byen lage sou òg la, epi nou t ap ploge anba yon bon konpa.

Te gon gwo djo k kanpe nan yon kwen k ap gade m tou fristre. M te wè ti vagabon an, li pa t menm panse sa menm. Epi pandan n ap danse konsa, misye manyen dèyè fanm ki te avè m nan. Fanm nan estomake li fout misye yon souflèt. M gon sèl kòlè k monte m, m kenbe misye m kòmanse gagannen l. Gon gwoup chen mechan ki t avè m, lè nèg yo wè se mwen k nan goumen, nèg yon plonje sou misye. Misye pran chaplèt pou l pa chape.

Mwa septanm se te mwa tounen lekòl. M sonje papa m te konn al anba lavil ak frè m ak sè m yo epi mwen. Se te la a li te konn achte twal inifòm, se te la a tou li te konn achte liv nou yo. Te konn gen yon kantite moun anba lavil sa a ki ap regle menm aktivite a. Lè ou kanpe bò katredal pou ou ap gade anba nan ri Bòn fwa, ou te gen pou w wè yon yon kantite moun, ou pa ta di se sab bò lanmè.

Bèl okazyon pou n al wè zanmi ke n pa t wè depi kèk mwa yo. Pou n ap eksplike yo vakans nou, jan sa te pase. Pou sila a ki t al lòtbò ap fè djòlè, eksplike kijan pil gwo building yo ye lòtbò lanmè a, ki sansasyon ki genyen lè ou monte avyon, kijan relasyon an ye lè w gen yon ti mennaj djaspora ou sinon blanch. Jwa ti moman sa yo pa t janm dire twòp. Se lekòl nou te vini, kapital devwa ak leson profesè yo te konn ba nou epòk sa yo, pa t janm bouke raple n sa.

Mwa Oktòb, se te toujou premye mwa egzanmen yo. Se te lè plis timoun te konn pase. M sonje m te gen yon profesè ki te toujou renmen di :

« Si un enfant ne réussit pas la première étape, on peut déjà savoir à quoi nous attendre à la fin de l’année ! »

Mwa doktòb se pa t mwa ki te konn gen twòp gwo aktivite devan lòt yo, men mwen sonje ke chak 17 oktòb, Leta te toujou konn òganize bèl seremoni pou onore Papa Nasyon an, pou tout sa li te fè pou nou yo. Nan tan lontan se te nan mwa doktòb tou radio ak television yo te kòmanse pase mizik nwèl sou lèzond. M sonje Konkou Chante Nwèl sou Telemax. Wesner Bellegarde… Michaël Benjamin… Roosevelt Jean… Richard Cavé ak Michaël Guirand… Topolino… Ti mizik sa yo pa p janm soti nan tèt mwen.

Radyo yo ak Televizyon yo te konn fon ti kanpe sou mizik nwèl yo zòn fen Oktòb. Mwa fèt mò yo ta pral rive, se te okazyon pou onore yo. Sou Televizyon yo yo te konn bay anpil fim djab, sou radyo yo mizik rasin pa t bouke jwe. Te toujou chaje aktivite. 1er ak 2 novanm menm, demezi se simtyè nan peyi a te konn chaje ak moun k ap onore memwa pi gran yo, sila ki pran devan nou yo.

A pati 3 novanm, mizik nwèl yo ta pral retounen. Konkou chante nwèl ta pral retounen pi bèl toujou, men se pa t sèlman sa ki te genyen. Lekòl yo te chaje aktivte, epi demezi se kote te gentan kòmanse ap dekore. Palè Nasyonal te toujou an penpan, business yo menm se pa pale.

Sa ta pral kontinye an desanm. Mwa aktivite, mwa plezi, pi bèl mwa nan ane a. Pa t gen yon kote nan peyi a ki pa t konn gen aktivite. Depi mwa desanm rive, demezi rakwen te toujou fonksyone 24/24. Limyè ak fanal toupatou, mizik nwèl tout kote. Tout paran se ale Anba Lavil, Bò Gerit pou al achte bèl rad. Lè konsa anba lavi l la plen kou ze tèlman l gen moun. Pi rèd ke jan sa konn ye lè mwa septanm yo. Pwogram tout kote.

Ti flannè ak jèn fi se achte bèl rad pou soti. Tout timoun piti te konn nan lari tout minwi. Pèsòn paran pa t pè pou malè pa rive yo. Youn te konn voye je sou lòt. Zanmi m yo ak mwen menm, pa t janm konn pase yon jou nan kay. Nou mouvmante sou konn se tè a k ap souke. Nou toupatou ! Se te mwa jenewozite tou, tout moun te konn gen ti tchotcho nan pòch yo, menm sila ki pi pòv yo. Tout moun ap depanse san kanpe, san panse a mwa janvye di ki toujou konn vini apre a. Mwa desanm te toujou la pou raple n enpòtans chak ti moman genyen, ke nou gen yon sèl vi.

M ap sonje bagay yo tankou se te ayè. Sa ki ta di tan sa yo ta va si lwen konya !?

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L’appartement deux sans trois (témoignage 2)

Je ne connaissais pas trop bien Xavier. Nous couchions ensemble certes, mais jamais, nous n’avions eu une conversation sérieuse. Je ne connaissais ni ses rêves, ni sa manière de penser, ni ses passions, ni ses obsessions. Il m’avait toujours paru froid ! Un peu trop triste et trop vide pour faciliter la conversation. Outre son physique, rien en lui ne pouvait éveiller ni ma curiosité, ni ma passion, mais il était assez bel homme, assez bien monté et assez bon au lit. Cela me suffisait amplement ! Le peu d’informations que j’avais, je l’avais récolté sur le tas consciemment ou inconsciemment, entre deux souffles, deux gémissements ou deux baisers.

Je savais qu’il avait un crush sur ma petite amie. Maintes fois, j’ai vu comment il la regardait. Cela arrivait à tout le monde d’avoir des crushs, ce n’était pas anormal, cela me parut banal. D’autant plus qu’elle était tellement jolie, que c’est peut-être l’inverse qui m’aurait étonné. Il me paraissait impossible qu’une personne, peu importe son genre ou son orientation sexuelle, ne soit pas attirée par elle. Parfaite comme elle est.

Claire (c’était le nom de ma petite amie) et moi n’avions jamais parlé de lui non plus. Elle, sûrement parce qu’elle ne trouvait pas qu’il était un sujet de conversation intéressant et moi, par peur que je commette une gaffe en parlant de lui. Claire a toujours été du genre à remarquer tous les détails. Le moindre signe pouvait éveiller ses soupçons. De plus, elle était tellement jalouse et possessive que je ne voulais pas courir de risque. Nous avons toujours eu une vision différente de l’amour : selon elle, quand on aime, on ne va pas voir ailleurs, selon moi au contraire, dès lors que l’être aimé est chéri, on peut se permettre quelques petites galipettes ailleurs. Elle savait que j’étais comme ça, mais je la comblais et l’aimais comme personne ne l’avait fait avant. C’était plus important que sa jalousie excessive… J’étais plus importante que sa jalousie excessive !

À force d’aimer ses défauts, avec le temps, j’avais développé une obsession : voir ailleurs jusqu’à ce qu’elle le découvre. Inconsciemment, cela me donnait non-seulement du plaisir à chaque seconde, mais cela me facilitait aussi le plaisir ultime… l’orgasme ultime. Les plus beaux orgasmes de ma vie, je les avais eus avec Claire. Et tous, étaient venus après une dispute. Quand je couchais avec une autre personne, l’idée qu’elle le découvre me faisait jouir beaucoup plus que l’acte en soi. Une obsession tellement bizarre… Je suis malade, je sais !

J’aime et je me fais aimer. Je suis toxique, je sais aussi ! C’est plus fort que moi. Je n’y peux rien. J’ai fini par l’accepter… Claire a fini par l’accepter, je crois !

Une fois, elle m’avait trouvé avec sa patronne. Elle était contrariée, mais je l’avais invitée à nous rejoindre et elle était venue. À nous trois, sur le lit, nous sommes devenues le monde. Nous avions fait de Claire notre reine. Ma langue était devant et celle de sa patronne derrière. Elle a pleuré, nous avions ri. Pour la première fois de nos vies, elle a adoré ma toxicité.

Ma relation avec Xavier commençait à durer un bon moment. Je ne savais pas trop si elle ne l’avait pas découvert ou si elle faisait semblant. En général, elle mettait beaucoup moins de temps ! Je continuais en négligeant beaucoup plus les détails. Je laissais l’odeur de Xavier sur mes habits, je savais qu’elle aimait humer mon odeur. Je le regardais beaucoup plus dans les couloirs de l’immeuble, etc.

Cependant, cette fois, c’était celle de trop. Je la regrette amèrement et Claire en a payé le prix fort. Elle était devenue obsédée par ça. Je ne l’avais pas compris sur le moment, mais quand tout devint clair, c’était déjà trop tard. Elle venait de se disputer avec Xavier et ce dernier l’avait violé. J’avais la rage. Je voulais le tuer. Je ne savais même pas comment me faire pardonner. J’aurais dû me contrôler. J’étais allée trop loin… tout était allé trop loin !

Je ne pouvais pas supporter de la voir souffrir autant à cause de moi. Il m’était impossible de me regarder dans un miroir. J’étais devenu monstrueux et je détestais ce que je regardais. J’avais décidé que mon salut devait être la mort de Xavier.
Je suis rentré dans son appartement, un poison en main, avec pour objectif de passer l’acte. Il n’était pas chez lui. Il buvait en général beaucoup de vin. Je savais que si j’arrivais à empoisonner au moins l’une de ses bouteilles, il allait finir par mordre à l’hameçon. Ce n’aurait été qu’une question de temps.

Mais j’étais trop lâche. Je ne pouvais pas tuer. Quand je l’ai compris, tout un tas de souvenirs sont remontés à la surface : ma mère, l’église, Dieu !

« Tu ne tueras point !»

Ce commandement m’est remonté à la tête. J’ai pris peur et j’ai laissé la chopine de poison dans l’appartement de Xavier par inadvertance. Je ne le compris que le lendemain matin. Je cherchais une occasion de rentrer dans son appartement pour récupérer la chopine, mais il était resté à l’intérieur plusieurs jours. Il ne récupérait même plus ses colis et son journal. 5 jours après, le gardien trouva cela louche. Il alla frapper, mais il ne trouva pas de réponse. Il avait une clé, il y pénétra. Xavier était mort.

Selon la police, il n’était pas mort depuis longtemps. Deux jours, grand max. On ne retrouva pas la chopine. Je ne crois pas que c’était un hasard. Je pense qu’il s’est empoisonné lui-même et qu’il a fait en sorte de s’en débarrasser bien avant. Il avait quand même passé trois jours enfermé dans son appartement. Pendant ces trois jours, je pense que sa conscience lui avait fait la guerre et qu’il comprit qu’il ne méritait pas de vivre puisqu’il n’était qu’un gros tas de merde.

Qu’il aille brûler en enfer. Il ne sera pas regretté ici-bas !

Pour lire le témoignage 1, cliquez ici : https://valerydebourg.art.blog/2023/02/04/lappartement-deux-sans-trois/

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Jéricho!!! Jéricho!!!

Tout lieu que foulera la plante de vos pieds, je vous le donne « 

***

Située à la rive Ouest du Jourdain, Jéricho est la ville la plus paisible et la plus prospère du monde. Baignée dans une zone continuellement en guerre, les concitoyens, malgré les dictées de l’époque, ont compris assez tôt que dans toute guerre, au-delà de l’orgueil, de la haine, de la fierté et de l’envie, il n’y a toujours que des perdants. Certains y perdent leurs vies ou des proches ; d’autres perdent des biens et le niveau de progrès de leur territoire ; et enfin le reste, ceux qui y prennent goût et ceux qui ne peuvent pas continuer à avancer après, perdent leur humanité.

Du haut de ses monuments, de la richesse de ses terres et des rapports commerciaux étroits entretenus par les habitants avec la grande majorité des villes voisines, aux nombres des années, la ville de Jéricho, protégée continuellement par ses Grandes Murailles, s’est imposée aux yeux de tous, comme un havre de paix et un lieu de protection pour ceux qui fuient les guerres, en quête d’une vie longue et prospère.

La ville a très peu de guerriers, sa protection est grandement reposée sur l’incapacité de ses rares adversaires à traverser les Murailles. Quand les autres nations, toujours en quête de plus de territoires, s’inventent des raisons lugubres pour s’entre-massacrer, le Roi de Jéricho de son côté, évite toujours de prendre parti, fermant les portes de la ville à chaque fois, afin de protéger ses habitants de la barbarie de ses voisins, grâce aux Murailles.

La cour n’a jamais précisé à la population de qui l’idée était venue. Quand les premiers habitants sont venus peupler le territoire, ils avaient jugé bon d’élaborer une bonne stratégie de protection. Plusieurs semaines durant, les sages et les rares guerriers de la vile se sont réunies afin de trouver celle qui conviendrait le mieux. Et puis un bon matin, le porte-parole du Roi s’est rendu au centre de la ville, là où tous se réunissaient les jours de travail, a affiché un plan sur les murs et a annoncé que la solution à tous les problèmes d’invasion avait été trouvée et dès le lendemain, des travaux étaient lancés pour ne finir que des dizaines d’années après.

Avec des volontaires, les Guerriers et les sages construisirent autour de la ville un ensemble de murailles de plus de 6 mètres de hauteur et de plus de 3,5 mètres de largeur. On protégea les murailles grâce à un fossé de 2 mètres de profondeur et de 8 mètres de large. On construit aussi dans la ville une tour de près de 10 mètres de haut, sur lequel devait être posté continuellement des gardes.

Les habitants de la ville n’avaient jamais été aussi fiers. Les murailles comme promis apportèrent le calme et la tranquillité dont ils avaient besoin. Des décennies passèrent, la ville progressa pour devenir la seule ville stable sur les rives des 365 km du fleuve de Jourdain. La cité, ayant été administrée correctement, en a récolté les bénéfices autant que ses habitants. La prospérité du commerce et le resserrement des liens entre chaque habitant sont devenus deux grands atouts.

Là où il y a prospérité, l’envie et l’avarice ne sont jamais trop loin. Les Rois des villes voisines, à maintes reprises essayèrent de prendre d’assaut la ville en se cherchant à chaque fois, des raisons sans dessus, ni dessous pour l’envahir : Jéricho leur a tourné le dos alors qu’ils étaient en guerre ; des concitoyens de Jéricho ont couché avec leurs femmes ; Jéricho, riche, n’aide pas les autres villes qui sont dans le besoin ; les habitants sont sur des terres qui ne leur appartiennent pas ; les habitants de Jéricho adorent des faux dieux ; etc.

Pendant des siècles, toutes les tentatives d’envahissement ont été vouées à l’échec. Grâce à ses murailles inattaquables et à sa tour de garde, tous ceux qui étaient dans la ville étaient toujours protégés et pouvaient malgré tout continuer à vaquer à leurs occupations. Et puis les fils d’Israël sont venus…

Traversant le fleuve du Jourdain à pied, pendant 40 ans, ils s’étaient perdus dans le désert. Pendant ses 40 années, un par un, ils massacrèrent tout ce qui se trouvèrent sur leur passage avec à la bouche un seul argument : leur dieu leur a donné toutes les terres qu’ils fouleront. Peu importe que ses dits-lieux soient déjà occupés, peu importe le nombre d’habitants qui s’y trouvèrent, peu importe le nombre d’enfants, la seule chose qui importait aux yeux de ses barbares étaient que les terres deviennent leurs. Et pour s’en approprier, durant tous leurs trajets, ils firent un massacre sans pareil, un génocide qui continuera à être chanté et glorifié des millénaires après par les hommes. Des villes entières ont été pillées et entièrement détruites tout au long de leur progression : Basan, Hebron, Béthel, Jarmuth, Eglon, Limna, Aphec, Kédesch, Dor, Thirsta, Taanac, Meguido, Lascharon, Jokneam, Harsor, Tappuac, Hépher, Arad, Guéder, Guézer, Addulam… Soit plus d’une trentaine de villes. Leurs habitants furent massacrés sans pitié.

Le Roi de Jéricho le savait : à l’exception des leurs, les fils d’Israël ne voyaient personne d’autres comme des hommes. La menace était réelle, mais faisant confiance à la résistance de ses murailles et surtout poltron, évitant à tout prix les conflits, il essaya tant bien que mal d’apaiser ses concitoyens prises de peurs :

« N’ayez crainte, les murs tiendront ! Ces hommes ne sont pas en mesure de les dépasser ».

En plusieurs décennies, ce n’était pas là première fois qu’on leur avait servi ce discours. Les habitants se fièrent une fois de plus à leur Roi et quand des dizaines de milliers d’hommes sont venus danser et chanter tout au long des murailles, armés jusqu’aux dents, personne n’a réagi signant ainsi leur fin, à tout jamais.


Note : cette histoire est inspirée de l’histoire de Jéricho dans la Bible, cependant d’un point de vue historique, cette dite histoire ne correspond pas aux dates indiquées par cette dernière. La destruction de Jéricho, telle que racontée dans la Bible n’est qu’illusion. Une œuvre fictive, inspirée sûrement comme celle-ci d’une autre histoire.

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Les affaires de coeur

Affaire de gens amoureux est toujours affaire qu’il faut manipuler avec soin. Quand une personne amoureuse te demande ton avis sur un sujet lié à l’objet de son désir, fort souvent elle ne cherche pas la vérité, elle s’attend de préférence à entendre ce qu’elle souhaite, te mettant ainsi dans une situation fort délicate, où tu as l’impression de marcher sur des œufs.

Dans les Caraïbes, plus particulièrement dans mon pays, Haïti, concernant les gens amoureux, nous aimons citer deux proverbes : « Koze moun damou, moun pa mele nan sa» et « Moun damou pa kite » (On ne se mêle pas des histoires des gens amoureux ; les gens amoureux ne savent pas comment s’éloigner ou les gens amoureux ne se séparent pas { La phrase peut être prise dans les deux sens.}). Notre manière à nous de toujours nous rappeler que seul l’amour à les réponses liées aux questions posées à son sujet.

Notre terre est une terre de poésie et la poésie est amour. Dès qu’il faut parler de l’amour, nos proverbes nous dictent des phrases que seuls les gens amoureux ou qui ont déjà connu l’amour peuvent comprendre. Haïti est amour, mais elle est cet amour néfaste, toxique auquel on ne sait comment se séparer. Un mélange d’amour et de haine. L’amour dans son symbole le plus fort.

Une fois, quand j’étais plus jeune, un couple d’amis du même âge que moi était en galère. Mon ami, Bourdeau, était un tombeur qui ne pouvait s’empêcher de faire du charme à chaque mètre carré et sa copine, Véronique, extrêmement jalouse ne savait à quel Saint se vouer. Elle était amoureuse de Bourdeau et peu importe combien elle souffrait à cause de son comportement, la solution de s’en séparer ne pouvait au grand jamais, être mise sur la table. En même temps, Bourdeau, aussi trompeur qu’il pouvait être, ne pouvait s’imaginer même une fois, que Véronique puisse aller voir ailleurs. Il se voyait comme un mal Alpha. Le genre à dire à sa copine qu’il est naturel qu’un homme soit comme ça, qu’ils sont nés comme ça, alors qu’en revanche, les femmes doivent rester fidèles et pieuses. L’anecdote du clef et de la porte ne saurait être mieux expliquée que par Bourdeau.

Si Véronique osait simplement regarder un autre homme, Bourdeau explosait automatiquement et rare sont les gens qui pouvaient le contenir. Quelques fois, il osait même lever la main sur elle. Alors que lui en revanche, ne se contentait jamais d’uniquement regarder. Deux ou trois fois, il avait flirté ouvertement avec des femmes devant Véronique. Ce furent sûrement les seules fois, qu’elle put au moins laisser libre cours à sa rage. Et malgré tout, elle était longtemps plus facile à gérer que Bourdeau, lors de ses excès de colère.

Leur relation était d’une toxicité à faire pâlir Nagasaki et Hiroshima. Personne ne comprenait comment elle résistait. Un jour bien, un autre mal. À force de ne pas savoir à quel type de couple, ils allaient à voir à faire face chaque jour et fatigué de raisonner les deux sur leurs comportements, certains de leurs amis décidèrent même de s’éloigner d’eux. Les deux s’en foutaient. Ils étaient dans leur bulle et dans leur bulle, seuls eux deux comptaient. Que le monde entier se foute d’eux ne voulait rien dire pour eux, ils s’en foutaient déjà des autres !

Incroyable mais vrai, peu importe la distance, peu importe la raison, peu importe à quel point leur relation était déchirée, ils trouvaient toujours le moyen de recoller les morceaux, pour tout de suite après tout déchirer et encore revenir l’un vers l’autre. Le cycle paraissait infini… Infernal aussi !

Une fois c’est allé tellement loin, que d’un seul coup de poing, Bourdeau avait mit Véronique K.O, lui arrachant par la même occasion ses deux incisives supérieures. Des personnes plus âgées étaient présentes et il n’avait même pas tenu cela en compte. Le monstre était lâché et il ne s’était arrêté que lorsqu’il avait atteint son objectif.

Ce jour-là, Christian, l’un de leurs amis, fâchés du déroulement des actions, psychologue et féministes jusqu’au plus profond de ses entrailles, avait prit Véronique à part pour lui expliquer la situation dans laquelle elle se trouvait. Il lui avait dit que pour aimer une autre personne correctement, il nous fallait d’abord nous aimer, nous-même. Et en nous aimant nous-même, nous apprenons que le bonheur de quiconque, si ce n’est celui de nos enfants, ne devrait passer devant le nôtre. Il lui avait dit qu’en nous aimant nous-même nous comprennons pourquoi deux êtres qui s’aiment ne peuvent pas toutes les fois être ensemble.

En plus de tout cela, Christian lui avait dit exactement quel type d’homme était Bordeaux et pourquoi elle devait le quitter. Ce ne fut certainement pas une erreur, mais ce jour-là, Christian avait perdu deux amis. Et ce n’était que bien après, lorsque les dents vissées de Véronique avaient été mises, que Bourdeau revenait à elle les genoux à terre devant tous leurs amis et qu’elle le releva pour l’embrasser en pleurs, qu’il le comprit.

« Koze moun ki damou, se toujou koze ki frajil ! ».

Christian ne voulait absolument pas aller à des enterrements dans ces circonstances-là, il ne les força pas la main.

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Un faux mariage avec de vrais sentiments!

L’histoire d’aujourd’hui nous vient du Sud de la France. Aux temps où la religion avait le premier mot sur tout et où les prêtres se prenaient pour des représentants de leur dieu parmi les hommes. À cette époque, l’Église catholique était à l’apogée de son pouvoir et le Pape était au-dessus de tous, même des Rois. Personne ne pouvait les défier, personne ne pouvait philosopher, les travaux scientifiques étaient menés si et seulement si l’Église les autorisait et le pire de tous : personne ne pouvait aimer selon des lignes autres que celle indiquée par l’Église et sa Bible.

Afin de contrôler les agissements des nobles qui ont souvent un comportement dépravé, l’Église avait décidé d’imposer un tribunal religieux aux habitants de Ste Anne. Pêché, si l’on doit utiliser ce mot pour décrire tout ce qui va à l’encontre de la croyance Catholique, était devenu un crime. Le Cardinal, un homme à l’apparence toujours soigné et à la cadence efféminée était le plus haut juge du Tribunal et s’il le voulait, il pouvait vous juger simplement pour avoir menti. Ses sanctions allaient d’une simple amande pour remplir les caisses de l’Église et des bénédicités ; en passant par la prison ferme et la promesse de rédemption qui va avec ; et pour finir, il pouvait aussi condamner à mort.

Ce dernier sort était réservé aux êtres que l’Église appelait : les abominations. Contrairement aux deux autres sorts, la liste des péchés qui faisaient exclusivement partie de la 3e catégorie était assez réduite : le blasphème, l’adultère féminin, la sorcellerie, être considéré comme ennemi de l’Église et en tout dernier lieu, mais pas le moindre, l’homosexualité.

La création même de ce tribunal avait exposé au regard de tous la faiblesse de la famille Royale. Le message était clair, le vrai pouvoir n’était plus entre les mains du Roi. Dès sa première année d’existence, l’Église, par le biais de son tribunal avait fait comprendre aux nobles que le temps n’était pas à la résistance. Un nombre gigantesque de cas avaient été traités et les sanctions pleuvaient sur tous et surtout, pour tout ! Les nobles comprirent qu’il valait mieux rentrer dans les rangs. La grande majorité d’entre eux, tant bien que mal, avaient fini par céder. Les membres des familles faisaient de leurs mieux pour accéder aux faveurs des prêtres :

– certains faisaient de leur mieux pour montrer « le bon exemple ».

– d’autres préféraient acheter les faveurs grâce à des dons en tous genres à l’Église et à certains prêtres en particulier.

– et puis enfin, il y avait les de Melons.

La famille des de Melons, étaient considérée comme la plus pieuse de tout Ste Anne. Composée du Duc de Melon, de la Duchesse et de leur unique enfant, elle était à la fois la plus présente aux activités de l’Église, mais aussi la plus généreuse. On racontait qu’ensemble le Duc et la Duchesse formaient le couple le plus beau et le plus heureux de toute la France. Bien avant leur venue au monde, leurs deux familles étaient déjà très proches. Ils étaient nés à la même année, le même jour. Pour renflouer les liens, les deux familles avaient décidé, le jour même de leurs naissances, de les fiancés. Elles obtinrent la bénédiction du Roi, et même celle du Pape.

Le domaine principal des de Melons était d’une grandeur époustouflante : 32 chambres à coucher, un espace indépendant pour les serviteurs et les servantes, des espaces de jeux pour les enfants, des plantations sur plusieurs hectares de terres et surtout : la petite forêt, le lieu favori du Duc et de la Duchesse. Enfants, ils avaient grandi dans le domaine, sous la surveillance de deux gouvernantes et de plusieurs serviteurs. Leurs parents, jouant des rôles importants à la Cour, avaient jugé bon d’en garder leurs enfants loin.

Les années s’étaient écoulées rapidement et les deux enfants étaient devenus les meilleurs amis au monde : complices, confidents, extrêmement protecteurs l’un envers l’autre, intelligents, espiègles… Pour le bonheur de leur entourage, l’un ne pouvait se passer de l’autre et à chaque visite de leurs parents, la satisfaction se lisait toujours sur leurs yeux. Ils n’en doutaient pas, ils avaient pris la bonne décision.

Il était de coutume, à cette époque, de marier les jeunes très tôt, l’espérance de vie n’étant pas trop grande, à cause des guerres et des multiples maladies auxquelles la science ne pouvaient encore répondre pour tellement de raisons qui n’innocentaient pas l’Église. Alors, quand ils eurent l’âge de comprendre ce qu’aimer veut dire, on leur apprit la nouvelle : ils étaient destinés à être ensemble et cette décision avait été prise depuis bien longtemps. L’un ne pouvait imaginer sa vie sans l’autre, l’un ne pouvait rester loin de l’autre trop longtemps, à part eux deux, personne ne pouvait réellement les cerner et surtout aucun des deux ne se dévoilait complètement devant d’autres personnes. Si c’était cela aimer, alors pour sûr, ils s’aimaient profondément. Leurs parents avaient bien calculé leur coup. Quand ils entendirent cela, leur joie ne pouvait être cachée. Et tout jeune, à onze ans seulement, on les avait mariés.

Les années s’étaient écoulées. À leur quinzième anniversaire, leurs parents organisèrent un bal en leur honneur. Ils voulaient annoncer aux nobles que le domaine des de Melons avait déjà ses futurs maîtres des lieux.

Tellement de choses se sont déroulées cette soirée-là…

Tellement de vérités ont été dévoilées…
C’est là que le Duc allait rencontrer celui qui deviendrait des années après le Cardinal de Ste Anne…

Et c’est aussi là, que la Duchesse allait rencontrer La Princesse Antoinette…
Les deux, un peu plus âgés, connaissaient déjà le sort qu’on réservait aux gens qui étaient comme eux. Et pour ne pas éveiller les soupçons, ils avaient déjà décidé de s’imposer comme farouche ennemi de leurs semblables. Mais personne n’osera parler de cela…

Personne d’autres qu’eux quatre ne savaient entièrement ce qui s’était produit au cours cette nuit… ni les nuits qui suivirent d’ailleurs…

Le jeune Duc et la jeune Duchesse comprirent que finalement, aimer ne voulait pas uniquement dire ce qu’on leur avait appris. Une seule vérité restera : ils s’aiment profondément. Cette seule vérité suffit.

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Défilée

Une dame avance dans les ruelles quasiment vides, habillée de morceaux de soie, toute sale. À tue-tête, elle crie :

« À bas la richesse ! À bas la pauvreté ! »

Elle paraît ne pas trop se soucier qu’on l’entende ou pas. Comme quelqu’un qui parle beaucoup plus pour extérioriser ce qu’il ressent, que pour retenir l’attention des gens. Tout au long de son déboulé, elle fait des gestes qui partent dans tous les sens et de temps en temps, elle s’arrête pour danser et chanter à tue-tête :

« Lamizè m pa pè ou
Lavi di m pa pè ou
Esklavaj aboli
Se konnya k pral gen lavi »

( Misère, je n’ai pas peur de toi
Vie dure, je n’ai pas peur de toi
L’esclavage est aboli
C’est maintenant qu’il y aura vie)

Quelques fois, des souvenirs semblent remonter à la surface et ces fois-là, son regard devient tellement douloureux qu’on ne saurait décrire ce que l’on voit dans ses yeux. Déjà qu’enterrer un seul enfant est un supplice pour une mère, en enterrer deux d’un seul coup, plus trois de ses frères ne saurait être expliqué. On ne saurait se mettre à sa place, alors on ne dit rien.

Elle continue à avancer tout doucement, suivant un rythme qu’elle seule connaît tout en prononçant ses phrases fétiches :

« À bas la richesse ! À bas la pauvreté ! »

Elle se souvient de son père, un esclave des champs qui, à force de voir ses proches partir pour le Pays sans chapeau un par un, avait fini par dépérir à son tour. Non pas par la main des blancs, ses assaillants, mais plutôt de chagrin. Impuissant face aux mauvaises conditions de vie de ses semblables, il avait planifié de rejoindre la résistance dans les mornes, là où les noirs sont libres et où les blancs sont bannis.

Il s’était dit que là, il allait pouvoir s’organiser afin de revenir libérer ses proches. Mais 5 fois, il avait essayé et 5 fois, il avait échoué. La première fois, on lui avait coupé un doigt, les trois fois suivantes aussi. Mais la cinquième fois, son maître s’était dit qu’un seul doigt ne suffirait plus et il lui avait privé des deux pieds. Elle se souvient que son père avait préféré mourir, mais ça aussi, on n’avait estimé qu’il ne le méritait pas.

Aussi mauvais que peut-être un acte, il est toujours possible d’en tirer du bon. Elle avait pu passer un peu plus de temps avec lui, avant qu’il ne meurt et ces instants font partie de ses plus beaux souvenir d’enfance. Il lui avait appris les secrets des plantes médicinales, il lui avait aussi appris à se défendre. Selon lui, seulement naître avec la peau noire ici-bas nous exigeait de nous préparer à nous défendre. Quand on était aussi une femme, le danger se multipliait. On devait au moins tripler de vigilance.

Elle se souvient qu’une fois, son père lui avait dit que les lwas étaient venus à lui et qu’ils lui avaient dit qu’elle était destinée à de grandes choses. Que sous ses yeux, des noirs libres fouleraient le sol. Il lui avait décrit une terre où tous les hommes seraient égaux et elle avait passé sa vie à croire en ce rêve.

Après la mort de son père, ses frères et elle avaient pu rejoindre la résistance dans les mornes. Elle faisait de son mieux pour prendre soin des blessés et de temps en temps, quand les circonstances l’exigeaient, elle prêtait aussi assistance aux combattants.

Les années s’écoulèrent petit à petit, la résistance avait conquis les territoires de Saint-Domingue. Elle avait pu à sa manière aider les plus grands : Boukman, Toussaint, Makandal… De camp en camp, de combat en combat et de victoire en victoire, elle était restée brave. Elle avait rencontré son homme dans les camps. Elle lui avait donné trois fils et avait fait de son mieux pour leur inculquer des valeurs :

 » Votre couleur est symbole de liberté, elle brille de mille feux. Votre couleur est symbole de résistance, elle doit toujours rester l’objet de votre fierté. Si un jour, on vous répète que vous êtes inférieurs, mettez leur vos poings sous le visage. Vous n’êtes pas faibles. Vous ne valez pas moins que les blancs. Vous êtes des hommes. « 

Et puis un jour le grand rêve de son père était devenu réalité : la liberté est venue. Et elle a coûté tellement cher… Des familles entières ont péri pour la cause… la seule qui en valait vraiment la peine. Elle avait perdu deux de ses trois fils, elle avait perdu ses frères, mais elle n’avait pas perdu sa foi en la cause. Elle était restée auprès de Dessalines envers et contre tous et ce dernier avait fini par triompher.

Comment expliquer combien son combat allait avoir des impacts sur toute l’histoire de l’humanité ? Comment expliquer que parmi tous, c’était le plus grand ? Nous à qui on avait enlevé toute humanité, libres… égaux aux blancs. Elle avait voué une dévotion sans bornes à l’Empereur… une reconnaissance éternelle.

Revenant de ses pensées, elle est prise d’une soudaine peur. Elle prend la direction du Pont. D’un côté de la rue, des enfants jouent avec l’uniforme d’un membre de l’armée, un haut gradé. Elle continue à avancer. Elle trouve deux corps par terre, laissés aux chiens comme des vulgaires animaux. Elle pleure de douleurs et crie de toutes ses forces. Son cœur ne tiendra peut-être pas le coup cette fois…

Elle cherche des morceaux de toile et enveloppe les corps. Avec le peu de force qui lui reste, sous les regards immobiles de tous, elle avance avec eux. Elle tourne les yeux, regarde l’assistance avec pitié et lance :

« Et c’est moi que vous traitez de folle !? ».

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Parce que je ne suis pas un pantin

« Parce que je ne suis pas un pantin « 

Si un quelconque dieu lui demandait pourquoi selon lui, il méritait de vivre à sa guise, Isaac n’avait pas de doute, sa réponse aurait été celle-là. Il regarde sa mère, Anièce, un instant. Assise à l’autre bout de la cour sur une dodine, lisant comme d’habitude sa Bible. Selon elle, la Bible est la base et l’objet de tous les savoirs. Son dieu a réponse à tout.

Anièce veut devenir évangéliste. En attendant de commencer ses études en théologie, elle a décidé depuis quelque temps déjà, de connaître le plus de versets que possibles de la Bible. Elle disait que depuis petite, elle avait senti l’appel divin, mais qu’elle a passé un bon moment à l’ignorer en essayant de continuer à vaquer à ses occupations. Elle avait connu une autre vie avant. Diplômée de la Faculté d’économie la plus cotée du pays, elle a commencée tout de suite après sa carrière à la banque. Résultat, après des années de durs labeurs, elle est actuellement directrice d’une succursale. L’un de ses titres en apparence noble, que la grande majorité de la population de ce pays pauvre dans lequel elle vit, prend pour un signe de prospérité, alors qu’en vérité, ce n’est qu’une illusion.

À force de vivre avec moins-que-rien, n’importe quoi étonne la population de ce territoire de misère. Quand on sait que la majorité vit en dessous du seuil de la pauvreté, on sait forcément que même répondre maladroitement à des besoins primaires peut être considéré comme un luxe à certains endroits. Manger du riz de misère trois fois par jour, n’est pas donné à tout le monde. Alors si déjà, tu peux répondre à cela, on te considère comme chanceux. Les gens t’inventent des richesses, des biens et une condition de vie longtemps supérieure à ce qu’il en est réellement. Et ils ne t’imposent qu’un choix : faire avec !

Anièce coule sous les prêts et depuis la mort de son mari, cela s’est empiré. Elle avait dépensé toutes les économies de la famille dans les frais d’hôpitaux. Le docteur, l’un de ses charlatans se souciant beaucoup plus de faire de l’argent que de promulguer des soins, lui avait laissé entendre que tout rentrerait dans l’ordre. Qu’avec le temps Jonathan, le beau-père d’Isaac allait se rétablir. Mais rien n’a jamais changé pour de bon, le diabète avait fini par attaquer les membres inférieurs. Et là, ils ont dû faire un prêt. Ce fut le premier d’une interminable série.

Elle entra dans ce qu’Isaac aime appeler : le cycle du capitalisme. On commence par un prêt insignifiant, pour finir dans un mouvement sans fin, prêt pour construire une maison, prêt étudiant, prêt pour investir dans une petite entreprise, prêt pour acheter une petite voiture, prêt pour payer les hôpitaux, prêt pour rembourser des prêts… Et la banque à chaque fois, exige gentiment à sa mère, à la fois un taux d’intérêt monstre et au moins cinq années de travaux supplémentaires et exclusifs. Anièce a fini par ne plus combattre, se disant souvent qu’elle ne finira jamais par payer toutes ses dettes, mais cependant, elle fait toujours de son mieux pour ne rien laisser paraître. Elle ne s’autorise aucune inquiétude devant les gens ! Elle est la servante de Dieu, aime-t-elle dire ! S’armant toujours des évangiles de Mathieu 6:33 quand il faut penser à ses déboires :

« Mon Dieu pourvoira à tous mes besoins, au moment qu’il trouvera juste, les enfants ! »

Et pour faire face à ses problèmes, le meilleur moyen qu’elle a trouvé est d’aider les autres à faire face aux leurs. À l’église, elle participe activement à la vie sociale. Elle est membre d’une chorale qui en partie fonctionne grâce à ses propres fonds. Non pas que les fidèles de son église soient pingres… au contraire ! L’évêque indique toujours aux membres du comité qu’ils doivent mettre du leur, s’ils veulent vraiment que les choses changent.

« Il faut dépenser intelligemment l’argent du Seigneur, mes chers enfants » aime-t-il toujours répéter.

Encourageant vivement les membres du comité et les fidèles à y mettre du leur encore et encore sans que cela ne s’arrête. Il leur répète que s’investir dans les projets de l’église leur garantit la réussite… la réussite à l’examen du ciel. Et les fidèles bluffés commencent par investir leur temps, ensuite, ils investissent leur argent et enfin leurs âmes et tous leurs êtres. Ils rentrent ainsi dans un état second d’inconscience, ne leur permettant pas de remarquer qu’alors qu’ils s’investissent en risquant leur perte et celle de leur famille, l’évêque, lui et ses enfants, n’ont jamais utiliser la même voiture 3 années de suite.

Anièce n’a sûrement jamais vu l’un des fils de l’évêque déposer de l’argent de la corbeille à offrande, se dit Isaac. Isaac ne pense pas qu’elle s’en souci vraiment. L’important pour elle est d’aider. Et comme si porter les charges de bon nombre de gens de sa famille et de quelques voisinages du quartier ne lui suffisait pas, il fallait qu’elle cherche plus. Pour la chorale, pour faire à manger aux plus démunis, pour aller prêcher la bonne nouvelle dans les provinces, pour financer les activités de l’église, pour être à l’église au moins 3 fois par semaine quand c’est le calme, etc.

Isaac regarde encore une fois Anièce. Il respira profondément. Et elle dans tout ça ? Pense-t-elle seulement à elle-même. Se rend-elle seulement compte que personne ne l’aide à remonter les pentes ? Et qu’à force d’aider tout le monde, elle a fini par oublier ce qui aurait dû passer au premier plan : elle-même. Il s’approcha de sa mère :

« Tu as mangé, man ?

Non chérie. Aujourd’hui, je jeûne jusqu’à midi. Et toi ? »

Isaac, contrarié, ne répond pas. Depuis la mort de Jonathan, Anièce à de sérieux problèmes d’alimentation et en plus, elle est à la phase un d’un cancer. Elle suit un traitement, mais elle paraît calme, et ose répéter parfois que c’est sa punition pour avoir fumé deux ou trois cigarettes dans sa jeunesse. Elle ne mange que très rarement faute à un manque sérieux d’appétit. Isaac en avait parlé à son docteur. Ce dernier lui avait prescrit des médicaments, mais malheureusement, jusqu’à présent, il n’y a aucune amélioration. Anièce n’aime ni parler de ses problèmes, ni laisser son fils s’inquiéter pour elle. Elle sait que ce dernier l’aime énormément et que s’il apprend que le traitement ne faisait pas encore effet, il risquait d’aller demander des comptes au docteur. C’est le troisième traitement qu’elle essaie. Alors elle se cache derrière son dieu… Son dieu, ses jeûnes, ses heures d’églises, ses louanges, les problèmes des autres et sa foi, alors que ses problèmes de santé sont très sérieux.

Selon Isaac, la raison pour laquelle l’église est directement liée au problème de ce pays n’est pas seulement le fait que les mains de ses dirigeants fassent partie quelques fois de celles cachées derrière les crises, mais c’est aussi cette putain de question de « foi » qu’elle prêche et qui empêche les gens de se focaliser sur les problèmes. À force d’espérer fermement une vie après la mort, les gens, dans cette partie du monde, ont fini par oublier qu’ils étaient en train de vivre maintenant. Qu’espérer d’une population nègre dont les fils ont oublié que cette même foi par laquelle elle jure a été le prétexte des blancs pour exterminer ses pères ?

Les jours continuent d’avancer, la misère aussi, tout le monde se demande pourquoi la vie ne s’améliore pas, alors qu’en vrai, tout le monde connaît déjà la réponse : nous sommes devenues un peuple de résigné. Alors comme Anièce, lorsqu’on doit affronter les problèmes nous nous cachons derrière la foi. Et l’église, en plus d’avoir créé le concept, donne aussi le ton. Et tous, nous faisons avec. Parce que le ciel est tout ce qui nous reste… Le seul bien que ces fichus dieux ont bien voulu léguer à la majorité.

Isaac regarde sa mère. Elle paraît calme. Elle a toujours connu Jonathan. Qu’elle arrive à avancer sans lui est en soi un petit miracle. Isaac est obligé de s’avouer que l’église est l’ancre de sa mère, et que grâce à elle, elle ne coule pas. Alors quelques fois, il fait profil bas et garde ses pensées pour lui.

S’il est possible de vivre plusieurs vies en une, il sait qu’il est en train d’en vivre au moins deux à cause de sa personnalité contradictoire. Qu’au fait, alors qu’il paraît aux yeux de tous comme celui qui ne peut résister à l’envi de pointer du doigt tout ce qui, à son sens n’est pas correct, il est aussi en même temps celui qui sait faire silence pour ne pas choquer et pour protéger les siens… Ne serait-ce que d’eux-mêmes ! Pour ne pas qu’ils paniquent s’ils réalisent que leur point d’ancrage n’est pas réel.

Isaac n’imagine pas sa mère sans son église. Sa vie a toujours été construite autour de l’église et de Jonathan. Le dernier n’étant plus, il a compris que le mieux est de la laisser au calme en évitant le plus que possible les sujets sur la foi avec elle.

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Mèt Liben

Te g on epòk, pa t gen libète lapawòl pa bò isit, te gen diktati. E diktatè an jeneral pa janm bon zanmi moun ki pa montre yo y avèk yo. Men an plis, moun pa t ka pale de rèv yo, moun pa t ka pale de opinyon yo. Lè m byen reflechi, jou pase, men anyen pa chanje pa bò isit. Si libète lapawòl genyen, sa ki pale yo pale pou pa di anyen e lè anfen, yon moun resi di yon bon koze, chans pou li gen yon sib sou tèt li an toujou la. Men a laverite, sou diktati, sa te pi mal.

Pou m montre w a ki pwen moun pa t gen libète lapawòl pa bò isit: m sonje lè m te piti, yon bon maten, yon elèv pèsòn pa t idantifye lekòl la, siman youn nan pitit makout yo, te deside ekri sou youn nan tablo klas nou an :

« Vive bebi dòk ! »

Tout pwofesè ki te vin fè kou pandan jounen an te tèlman pè, ke okenn nan yo pa t oze efase sa ki te ekri sou tablo a pou yo travay. Yo pa t menm oze fè yon kòmantè sou li. Klas la te gen de tablo, tout pwofesè te prefere ekri sou lòt tablo a. Sepandan, a chak règ toujou gen yon eksepsyon, toujou gen yon dènye grenn brav, osinon yon bon malen ki toujou jwenn estrateji pou li pale sa li panse.

Te gen yon pwofesè yo te rele Mèt Liben. Yon ti bout grammoun tou kout, ki te gen plis pase trant lane nan edikasyon. Li te rantre nan klas la, li te gade tablo a, li te depoze sak li epi l te fè yon chita sou biwo a san l pa di anyen. Tout moun te konnen Mèt Liben te refize yon djòb Minis semèn pase a. Pèsòn pa t ka asire sa a 100%, men anpil nan elèv ak pwofesè lekòl la te gen yon dout : se te siman mwayen diktatè a te chwazi pou teste misye. Pandan kèk segonn, je nou tout te brake sou li. Li te gade nou, li te souke tè li, epi l te di :

« Ki moun ki mete « e » nan mo « viv » sou tablo a e ki oze ekri yon non pwòp san majiskil la ? M sèten ke si Bebi Dòk te wè moun sa a, li t ap mande m pase l de chaplèt pou sòt. »

Mèt Liben pran bwòs li, li efase tablo a byen vag epi l kòmanse travay.

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Ma divinité

Port-au-Prince, le 17 mai 1990

Becky,

Issus de milieu défavorisé, mes parents ont toujours eu du mal à m’élever, ne comprenant pas comment faire face à la crise identitaire que je vis depuis mon enfance. Pentecôtiste pendant toute leur vie, ils sont des gens honnêtes qui travaillent chaque jour jusqu’au sang, pour pouvoir payer la dîme et prendre soin de leurs proches. Exigeant très peu, ils vivent selon les prescrits des lois bibliques, dans l’espérance d’une vie meilleure après la mort.

Dès ma plus tendre enfance, plusieurs fois par semaine, nous allions à l’église, là où on nous préparait pour cette fameuse vie, pour laquelle Jésus était mort. Toute petite, je l’ai donc beaucoup aimé le petit Jésus. On m’avait dit qu’Il était d’un amour inégalable, qu’Il était éternellement bon, qu’Il avait donné sa vie pour moi et qu’en retour, il n’exigeait rien pour sa protection.

J’ai grandi dans la foi, dans une école religieuse et au sein de l’Église. Tu ne me croiras peut-être pas, mais bien avant d’avoir commencé l’école primaire, mes parents m’avaient déjà inscrit à l’école du dimanche. Là, je devais apprendre la parole divine ; ce que je fis ! Je montrai un intérêt particulier pour toutes les histoires : Joseph, Moïse, le Petit Jésus, David… Toute petite, je les connaissais déjà toutes. En plus d’être la meilleure à l’école, je l’étais aussi à l’église. Cela faisait la joie de mes parents.

Peu importe notre âge, quand on se passionne autant pour une chose, la curiosité, intrinsèque à toute passion, devient bien plus qu’une exigence. Au début, je posais des questions auxquelles on pouvait facilement répondre. Les adultes de mon entourage, étonnés de mon intelligence se plaisaient à le faire et puis, je compris que certaines réponses qu’ils me donnaient étaient floues et, innocente, j’ai voulu savoir pourquoi. À partir de là, la perception des gens de l’église avait changé à propos de moi : j’étais devenue l’enfant trop curieux.

Des années passèrent, je ne changeais pas et pour le compte, je découvris l’existence d’un nouveau mot : blasphème. Contrairement à la jeune fille que je suis, l’enfant que j’étais ne t’aurait pas dit que c’est une invention toute faite pour empêcher les gens de faire appel à leur raison, mais par contre, elle avait compris que les membres de mon église l’utilisaient pour tout ce qui dépassait leur compréhension. À trop faire face à des réactions désagréables, j’ai fini par me renfermer sur moi. J’aimais toujours Jésus, mais j’avais compris que pour le cerner comme je le souhaiterais, mes proches ne me seraient d’aucune utilité. J’allais à l’église, je priais, mais les réponses à mes questions, j’essayais de les chercher toute seule.

Je continuais d’exceller à l’école. Je ne compris pas quand je commençai à susciter l’intérêt des jeunes garçons, mais quand j’eus 9 ans, quand toutes les filles de mon entourage commençaient à accorder beaucoup plus d’importance à leur apparence quand les garçons étaient là, je comprenais pourquoi. Je regardais les animés à la télévision comme tous les enfants de mon âge. J’adorais les histoires de Princesse, mais dans ma tête, elles se passaient toujours autrement. Mon Prince était différent… tellement que l’enfant que j’étais avait finit par enfouir cela profondément en elle. À un point tel que je ne pouvais ni me l’avouer, ni même oser y réfléchir trop longtemps. À 12 ans, mes rapports avec Alexis, un garçon de l’école étaient devenus tellement étroits qu’il avait fini par m’avouer qu’il était amoureux de moi.

« Tu es tellement belle que quand tu es près de moi, je n’arrive plus à penser. Le monde autour de nous ne compte plus. » M’avait-il écrit dans un bout de papier.

Paniquée, j’étais rentrée rapidement chez moi. Aucun son n’était sorti de ma bouche. J’étais très certainement flattée, mais je me suis rendue compte que si je devais décrire comment je me sentais quand Kenya, une jeune amie qui fréquentait mon église, était près de moi, c’était exactement ces mots qui conviendraient le mieux. Je me suis dit qu’Alexis n’avait rien de plus que moi et que s’il pouvait faire preuve de courage, je le pouvais aussi. Le dimanche d’après, quand je me suis présentée à l’église, en allant aux toilettes avec Kenya, je lui avais répété exactement les mêmes mots et avais essayé de l’embrasser. Je n’oublierai jamais le regard qu’elle m’avait lancé avant de prendre la fuite. Je perdis une amie ce dimanche-là et pour la toute première fois de ma vie, j’avais senti qu’on m’avait regardée comme un monstre.

Le dimanche d’après, honteuse, je décidai de ne plus retourner à l’école du dimanche. J’avais assisté au grand service avec mes parents. C’est là que je découvris l’histoire de Sodome et de Gomorrhe, ces deux villes qui jadis avaient été détruites par Dieu à cause des péchés de leurs habitants. On m’apprit que ma différence était une mauvaise chose, que les gens qui étaient comme moi et leurs familles se voyaient frapper par les sanctions divines, on décrivait les gens attirés par semblable à eux comme sale et dégénérés… Et ce jour-là, je me fis la promesse de ne plus recommencer !

Pendant des années, je me suis battue pour ne rien laisser paraître. Je priais de toute la force de mon âme. Je voyais combien mes parents se battaient pour moi et l’idée que je pouvais leur faire honte m’étais insupportable. J’augmentais mes visites à l’église et à chaque prière, je ne demandais toujours qu’une seule chose à Dieu : taire mes différences. Mes prières ne sont jamais montées au ciel et alors que je me battais contre qui j’étais, les autres adolescents de l’église ont décidé eux aussi de monter sur le ring.

Kenya avait dit à plusieurs d’entre eux que j’avais essayé de l’embrasser et sans que je puisse savoir comment ni quand, la perception des autres de moi avait encore changé. Au début, je faisais semblant de ne pas remarquer les regards et les chuchotements quand je passais devant eux ; jusqu’au jour où ne voulant pas répondre aux avances de l’un d’eux malgré son insistance, il me dit à voix haute sur la cour de l’église :

« W ap fè pòz sè legliz ou, pandan tout moun konnen deja se madivin ou ye.»

 » Tu fais semblant d’être une des Sœurs de l’église, alors que tout le monde sait déjà que tu es lesbienne. »

Les autres avaient entendu, ils riaient ouvertement. Honteuse, j’avais pris la fuite avec la ferme conviction de ne plus remettre les pieds à l’église. Par la suite, je ne tardai pas à fréquenter les garçons. Les chrétiens sont en général des spécialistes du commérage, je savais que l’histoire avec Kenya allait finir par arriver jusqu’à mes parents. Je me suis dit que même si j’étais trop jeune, fréquenter les garçons était le seul moyen de calmer leur colère quand il finirait par apprendre ce qui s’était passé à l’église et qu’en plus c’était peut-être le meilleur moyen de me défaire de cette partie de moi en n’étant pas le monstre que les autres avaient regardé dans la cour de l’église.

Il y eut d’abord Alexis. Malgré tous les efforts que je faisais, je ne ressentis rien pour lui et lorsque pour la toute première fois, il m’avait embrassé, tout ce que j’avais en tête, c’était que sa salive était maintenant dans ma bouche et que je devais absolument m’en débarrasser. Je souhaitais de toutes mes forces que cette sensation allait changer avec le temps, mais rien n’était fait. Je décidai donc de le quitter et d’essayer avec d’autres… J’eus trois autres petit amis par la suite, mais j’ai été obligé de m’avouer que cela n’allait pas marcher. Je ne ressentais rien et à trop m’efforcer, j’ai fini par être dégoûtée de tout contact physique trop intime.

Raison pour laquelle je me concentre entièrement à mes études depuis. Je me suis dit qu’en travaillant avec beaucoup d’acharnement aucune autre chose ne pourrait avoir de l’importance. Je n’avais pas compris que me battre contre qui j’étais est une cause perdue d’avance. Cela avait marché pendant plusieurs années, mais ensuite, tu t’es inscrite à l’école et cette partie de moi que je répulsais est devenue incontrôlable.

Chacun de tes gestes, chaque sourire, chaque regard et chaque mot que tu prononces m’ont fait sentir combien ma résistance est vaine. Je n’arrive plus à penser à autre chose. Tu es dans ma tête la journée et dans mes rêves la nuit. Je t’aime et suis obsédée par toi. Je sais que tu ne me croiras peut-être pas, parce que tu m’as regardé dans les yeux, tu m’as dit que tu me voyais, tu m’as embrassée et comme une conne, je t’ai repoussée. Mais depuis, c’est comme si mon monde était vide… je fais des crises de panique et j’ai littéralement l’impression qu’on est en train de m’arracher le cœur de la poitrine. Je me suis rendu compte qu’en vérité, ce n’est pas toi que je fuyais, mais moi-même.

Et puis j’ai réfléchi : je n’ai pas demandé à être comme je suis, je ne l’ai pas souhaité non plus. Je sais ce que les gens pensent… C’est d’ailleurs pourquoi j’avais voulu taire mon identité. Mais je sais aussi que je suis amoureuse de toi et si je peux ressentir cet amour avec autant de force malgré tout, je suis convaincue que je ne commets rien de mal. Parce qu’on m’a répété que Dieu est amour et qu’Il a horreur du mal. T’aimer ne peut donc que me rapprocher de Lui. Voilà pourquoi aujourd’hui, je prends tout mon courage à deux mains pour te raconter tout cela. Grâce à toi, je sais que je ne suis ni une dévergondée, ni une dégénérée, ni un monstre. Je suis humaine, je n’ai pas à avoir honte de qui je suis.

Je ne sais pas ce que l’avenir me réserve, je ne suis même pas sûr que je t’enverrai cette lettre, par contre si un jour, tu la lis, je veux que tu saches que dans mes rêves les plus beaux, tu es objet de bonheur épique. Tu m’as ouvert les yeux et m’as fait prendre conscience que je ne savais pas qui j’étais. À seulement 17 ans, je pense que je me cherche encore… Mais en revanche ce que je sais, c’est que quand je te vois, j’ai littéralement le souffle coupé, mes mains deviennent moites, ma gorge sèche et mon cœur veut sortir de ma poitrine… Ce que je sais par contre, c’est que mon Prince charmant est une Princesse, que tu étais là quand j’avais besoin de toi, que tu m’as embrassée et que je me suis réveillée. Ce que je sais par contre, c’est que comme une divinité, tu es venue et tu m’as délivré de ce monde d’ombres dans lequel j’étais. Bien plus qu’une Princesse, tu es cette divinité qui a pu m’aider à me voir, à m’aimer et à avoir foi en moi. Tu es cette divinité que je veux garder pour moi toute seule… Ma divinité.

Celle dont tu es le monde !

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Noir, blanc et gris

Noir

J’ai connu Maria et Wolf quand j’étais au secondaire. À l’époque, Maria était toute timide, le genre de fille réservée, toujours à se fondre dans la masse alors qu’elle était peut-être la plus belle et la plus intelligente de toutes. Dans un endroit public, on avait l’impression qu’elle pouvait littéralement devenir transparente. Alors que Wolf, à des exceptions près, était carrément le contraire : imposant, toujours à faire des vagues et à rabaisser les autres alors qu’il donnait parfois l’impression de ne rien avoir dans la cervelle…

Remarquer Maria était sûrement plus intelligente des actions de ce dernier. Elle allait changer sa vie et avait fait de lui un nouvel homme. Au fur et à mesure qu’ils se fréquentaient, l’influence de Maria sur lui grandissait et bizarrement, il était devenu moins con.

Elle s’était imposée malgré toutes les autres… et il y en avait tellement, qu’au début, on ne se rendait pas trop compte de la raison pour laquelle il l’avait choisie elle. Mais tout comme le jour donne sens à la nuit, à cause de Wolf, toutes les qualités de Maria étaient devenues évidentes. Elle n’était pas seulement belle et intelligente, elle était « différente » et cela faisait d’elle un être exceptionnel.

À eux deux, ils donnaient l’impression d’être l’équilibre… de se compléter. Les années que je passai non loin d’eux avaient rendu leur amour tellement fort que trouver des mots justes pour le décrire paraissait herculéen. Quelquefois, l’un arrivait à faire sortir le pire et le meilleur en l’autre ; d’autres fois, ils donnaient l’impression d’être un tout : les deux faces d’une même pièce. L’un pouvait facilement compléter les phrases de l’autre.

Ça pouvait être d’une confusion tellement inouïe que les rôles s’inversaient, sans que cela ne paraisse toxique : quand on s’attaquait à Wolf, ou quand une autre femme avait des yeux sur ce dernier, Maria devenait une vraie diablesse alors que Wolf, avec toujours comme premier réflexe de voir sa belle le moins que possible en colère, se faisait tout petit… Toujours tout petit !

« Pa fache, manman… Pa fache ! » Faisait-il toujours d’une voix douce et calme.

Dans ces cas-là, le mauvais garçon devenait gentil, alors que la fille timide et réservée mettait son costume de garce. Et ça leur allait tellement bien ! À un point tel qu’en classe de terminale, la popularité de Wolf et le fait que l’un n’était jamais loin l’un de l’autre lors des activités parascolaires, avaient fait d’eux le couple référence de quasi toutes les écoles de Turgeau.

Quand les jeunes parlaient de couple stable, leur exemple était souvent mis sur la table. Certains, bien plus susceptibles, osaient parier sur le nombre de mois qu’ils allaient encore passer ensemble, le passé de tombeur de Wolf ne jouant pas en sa faveur. Mais envers et contre tous (ou devrait-on dire : toutes !?), il avait demandé à sa belle de s’accrocher à lui, d’avoir foi en lui. Et elle l’avait fait avec tellement de force que tous ceux qui n’y croyaient pas, les uns après les autres finirent par accepter que leur amour était plus fort.

Ils continuèrent leur parcours, accrochés l’un à l’autre, à franchir les étapes de la vie ensemble, rendant son sens au mot « amour », dans sa version la plus pure et la plus belle.

Pour le bonheur de ceux qui aiment les fins heureuses, ils se marièrent et eurent des enfants. Mais toutes les fins, qu’elles soient heureuses ou malheureuses donnent toujours naissance à d’autres histoires. Le temps peut être tout autant fini, qu’infini. Il n’y a jamais de réelle fin.

Blanc

Je laissai le pays. Vingt ans passèrent quand je revins je ne reconnaissais plus les deux personnages. Pour sûr, ils étaient toujours mariés. Mais on avait bien plus l’impression que leur mariage tenait encore juste par habitude, parce-qu’à trop rester ensemble, les deux ne s’imaginaient pas ne plus l’être, ou à cause des enfants peut-être… tellement de mariages le restent sur papier à cause de ces petits êtres.

Wolf était devenu vieux, si financièrement la vie avait fait de lui un chanceux, sur d’autres points il l’était beaucoup moins, s’accrochant à un amour qui n’était plus. C’est toujours mauvais pour un couple, quand c’est seulement l’homme qui essaye de tout faire marcher. Il essayait toujours de jouer la carte financière et stabilité à chaque fois que tout allait exploser, pour se rendre compte au final, que si explosion il n’y en a pas, le nombre de petits dégâts qui s’ensuivaient, pouvait aussi changer un homme et le transformer en un être vide.

Wolf avait connu le pire: il avait perdu un enfant. Une douleur ancrée tellement profondément dans son âme qu’il paraissait ne plus pouvoir s’en défaire. Il était triste et avait perdu de son charme et de son éclat. Il ne prenait plus autant soin de son corps et de sa tenue. Maria, par contre était d’une vivacité à faire pâlir les abeilles. Elle avait pris en charme et en confiance. Peut-être trop!

Une fois, je l’avais vue et elle m’avait fait des avances. J’étais choqué. Elle l’avait compris et s’était rétracté. Mais je n’en doutais pas une seconde, car elle me l’avait fait comprendre, elle allait revenir à la charge. Je n’étais pas le premier sur lequel elle avait jeté son dévolu, je ne croyais pas que que j’allais être le dernier non plus. Maria n’était plus garce par moments, elle l’était devenue tout court. Non pas que cela me déplaisait, au contraire… Cependant, j’étais censé être un ami du couple. Et l’idée que j’allais être à la fois l’épaule sur laquelle le désespéré Wolf s’apitoyait sur son sort et celui qui se fait chevaucher rudement par sa femme me mettait un peu mal à l’aise.

C’est à cette époque que je compris que le temps pouvait changer les gens : Wolf était devenu désespéré et peu confiant ; Maria, la fille gentille et timide était devenue une belle garce et elle l’assumait entièrement; et moi, qui épiait toujours le chaos et qui avait même osé faire la cour vingt ans de cela à Maria, sans que Wolf ne le sache, évitait maintenant ses avances. Leur histoire d’amour était devenue tellement triste que venir en rajouter, même si Maria tentait bien, n’en valait même pas la peine. Le couple était bousillé, j’avais l’impression que le divorce ne tarderait pas. Je repartis à l’étranger quelque temps après.

Finalement, ce n’est pas une histoire joyeuse… Ça ne l’avait jamais été ! Ce n’est pas une histoire triste non plus ! C’est une histoire d’amour ; et dans les histoires d’amour, il y a non seulement des hauts et des bas, mais il y a aussi l’inattendu. Et tout comme pour qu’il y ait une fin, il faut toujours qu’il y ait un commencement, la fin donne toujours naissance à de nouvelles histoires. Il n’y a jamais de réelle fin !

Gris

Tout le monde s’attendait au divorce et le divorce n’est jamais venu. Des années après, quand je revins au pays, je retrouvai encore une fois une autre version de Wolf. Un Wolf tout à fait différent : pervers et ouvert, des mots qui veulent dire réellement ceux qu’ils disent !

Il m’accueillit chez lui, pendant une semaine, et Dieu sait combien de choses j’ai dû voir dans cette maison. Combien d’histoires j’aurais pu raconter. Combien Gomorrhe pouvait envier la maison des deux amoureux.

Wolf me confiait un soir que, par le passé il avait commis des erreurs, mais qu’au final il ne les regrettait pas.

« Mon ami, si pour que je sois là, à ce moment précis, avec cette compréhension de la vie et cette manière de voir les choses, il a fallu que je passe par tout ce chemin, je ne le regrette pas ! Regarde Maria et moi par exemple, nous avons vécu tellement de choses… Tellement de vies, devrais-je dire !

Je lui ai fait tellement du tort, elle m’en a fait en retour. Le jour de l’enterrement de notre fils, j’étais dans les bras d’une autre, la laissant toute seule. Je savais que j’avais merdé et que si j’étais allé voir une autre ce n’était pas dans l’objectif de lui faire du mal, mais que par ce que c’était ma manière à moi de faire mon deuil. Tout me rappelait mon enfant et lâché prise était devenu beaucoup plus une nécessité qu’autre chose.

En colère, elle avait voulu divorcer, mais je l’aimais trop. Pour qu’elle ne le fasse pas, je lui ai promis de rester avec elle quoi qu’il advienne. Résultat, elle passa plusieurs années à aller voir ailleurs. J’en souffris amèrement. Cela dura jusqu’à ce que je compris : elle ne voulait pas me quitter, elle savait que moi non plus je ne voulais pas et qu’en perdant notre unique fils, j’avais juste perdu le contrôle.

Puisque la vie lui avait fait comprendre que les règles étaient truquées d’avance, elle avait décidé de vivre selon ses propres règles. Sa vie était tellement organisée avant qu’elle avait fini par comprendre que vivre selon les règles dictées par cette foutue société et ces foutues religions ne servaient à rien. Elle avait décidé de mettre un peu de couleur et un peu de gris dans sa vie. »

Je regarde cet homme qui jadis était tellement jaloux. Il comprend que je me pose des questions, il ajoute :

« J’en ai fait autant, et regarde-moi maintenant ! Notre amour est pour le mieux parce que je sais déjà qu’aucune de ses actions ne sont dirigées contre moi. Elle m’aime et ne veut que vivre tout simplement. Savoir cela me suffit. »

Le vent avait soufflé. La vie au lieu d’être un film est de préférence une série tellement longue. Toutefois, au final, c’était bien une histoire d’amour, parce que l’amour ne suit que ses propres règles, elle est faite de nuances.

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Nulle part ailleurs !

Max regarde Rita dans les yeux. Elle est belle. Du plus loin qu’il se souvienne, il n’a jamais aimé une autre plus qu’elle. Il ne sait même pas pourquoi. Elle n’est pas forcément la plus belle, ni la plus compréhensive, ni la plus patiente, ni la plus riche… mais elle reste ELLE. Et ceci simplement fait toute la différence. Dans ses souvenirs, il se rappelle avoir toujours imaginé l’amour comme il est en train de le vivre avec elle. Son modèle de femme parfaite avait les mêmes défauts et surtout les mêmes qualités qu’elle. À tel point que cela l’inquiète ! Constater que la vie nous a offert exactement tout ce dont on rêvait peut parfois être louche. On se dit qu’il y a peut-être anguille sous roche.

Elle le fixe un long moment et lui sourit. Il est inquiet. Il sait qu’il ne devrait pas trop réfléchir et pourtant, il ne peut pas s’en empêcher : « Est-ce que je la comble !? » Max a un poids sur les épaules : son intelligence. Ce truc nécessaire et léger fort souvent, mais qui parfois… au moins de temps en temps, se transforme en fardeau. L’intelligence exige le doute et le doute peut être l’ennemi de la tranquillité.

« Oh, mon corps, fait de moi toujours un homme qui s’interroge !».

Max se souvient de cette assertion de Fanon. Il se dit qu’à pouvoir t’empêcher de vivre l’instant, le plus grand de tous les biens, l’intelligence est parfois chiante.

« … Toujours un homme qui s’interroge ! ».

« Ce que nous vivons est-il réel ? Ne me cache-t-elle pas un truc ? Je ne suis pas meilleur que ceux qui ont été royalement bluffés… C’est arrivé à tellement de gens avant moi, intelligent ou con ; ne suis-je pas en train de l’être en ce moment même ? Les gens qui ont été bluffés l’ont-ils ressenti à un moment de la durée ? Ne va-t-elle pas changer avec le temps ? Ne va-t-elle pas se lasser de moi ? »

Max réfléchit. Quelquefois, dans une histoire d’amour, nous devenons, sans qu’on ne comprenne comment ni quand, l’être qu’on craignait le plus : celui qui fait souffrir l’autre à lui déchirer l’âme. Nous, humains, sommes tellement compliqués qu’assez souvent, oser prétendre que l’on se comprend est une totale désillusion. Parfois, c’est nous qui changeons et l’autre ne nous suffit plus. Ou même plus : on peut toujours l’aimer et ne plus en être amoureux. Et, seulement s’avouer cela peut tellement nous faire de mal, que bon nombre d’entre nous choisissent de préférence l’option de se mentir ; rester avec l’autre par ce qu’elle nous garantit le confort tant souhaité.

« Je ne t’aime plus ! »

Seuls les braves osent prononcer ses mots. Ils peuvent tout autant signifier qu’on est soulagé, délivré d’un amour toxique ; ou qu’on aime toujours la personne, mais pas de la manière que cela devrait être et dans ces cas-là, ces mots peuvent faire énormément de mal aux gens qui les prononcent, contrairement à ce que peut penser bon nombre. S’avouer que tout l’amour que l’on ressentait pour cette personne n’est plus que souvenir, n’est pas aussi facile que l’on croit ! Dans ces cas-là, le dire à l’autre n’est pas un acte de trahison. C’est en restant que l’on trahit !

Max constate que malgré tout il y a encore pire : quand deux personnes toujours amoureuses, sont obligées de constater qu’elles ne sont pas faites pour vivre ensemble. Pour tellement de raison que le cœur ne connaît pas ! Souvent, seulement s’aimer ne suffit pas. Aimer suffit si les deux personnes s’aiment assez (dans le sens de s’aimer soi-même), ou si l’une d’entre elles peut aimer avec tellement de force qu’elle peut couvrir les vides et les manques pour deux.

« Qu’est-ce qui me dit que je ne rêve pas ? Qu’est-ce qui me dit que je ne suis pas un rêve ? La réalité, existe-t-elle ? »

Max rit de ses élucubrations.

 » Est-elle vraie ou a-t-elle simplement compris ce que j’attendais d’elle ? « 

– Chéri, pourquoi tu n’es pas focus sur moi ? crie Rita à tue-tête.

Max lève ses yeux.

« Ces mots, viennent-ils de ma tête ou est-ce bien réel ? M’a-t-elle vraiment parlé ? »
Max se rend compte de la stupidité de ses dernières pensées. L’intelligence et la sottise ne sont parfois séparées que par un simple fil.

Rita touche son visage tendrement avec les deux mains et insiste :

– Daddy, jusqu’où tu es ? Dit-elle d’une voix légèrement inquiète.

– Je suis là, ma, répond-il en l’embrassant tendrement sur la joue.

Elle lui caresse les deux oreilles. Cela lui procure un niveau de plaisir auquel il ne s’attendait pas. L’impression que son corps se soulage. Comme la mer qui repousse les déchets sur la rive.

– Reste avec moi, mon cœur… reste avec moi !

Max est loin dans ses pensées. Il se dit qu’avec l’amour, on ne sait jamais. L’amour est éternel, mais être amoureux, c’est l’instant. L’objectif de tous les gens amoureux est de transformer l’instant en éternité. Un sujet à part que ni les hommes, ni le monde, ni la mort, ni le temps, ni les prétendus dieux, ni même l’amour lui-même ne saurait expliquer. Max se dit que c’est cela, le secret : tout est dans l’instant. Vivre l’instant à fond peut enlever toute peur du lendemain. On est ensemble et c’est tout ce qui compte. Si danger il y a, on verra après !

Il la regarde tendrement. Elle en fait de même.

– Nulle part ailleurs ? Le questionne-t-il.

– Nulle part ailleurs, mon amour !

Ils s’étreignent. Un instant… une éternité ! Il l’embrasse fougueusement. Elle répond à son baiser avec longtemps plus de rage que lui. Ses lèvres lui disent que son corps a besoin de lui sans qu’aucun mot ne sort de sa bouche. Elle lui mord les lèvres tendrement.

– J’ai envie de toi, dit-elle doucement.

– Je sais, répond-il.

Elle quitte les lèvres pour embrasser les joues de son homme et ensuite, doucement elle descend sur son cou et lui caresse les côtes.

– Je t’aime, lui souffle-t-elle doucement dans les oreilles.

– Je t’aime certainement encore plus et tu le sais.

Les derniers mots de Max ne pouvaient mieux tomber. Madame ferme les yeux un instant, le temps qu’elle les rouvre, elle était déjà au-dessous de lui.

« … Et tu le sais ! » Ses mots retentissent dans sa tête.

– Et je sais ! répète-t-elle dans un souffle.

Elle ouvre ses yeux et tient Max au cou. Elle n’en peut plus, elle le veut. Elle prend sa main droite tendrement et la dirige vers sa bouche. Elle suce deux de ses doigts et les descend sous sa robe. Il se laisse faire et commence doucement à jouer avec l’instrument de son plaisir. Il insiste, de l’autre main descend sa culotte et continue d’utiliser ses deux doigts pour jouer avec son clitoris. Il trace d’abord une ligne horizontale et ensuite continue avec des mouvements circulaires. S’il a beaucoup de doutes concernant sa connaissance de l’amour, concernant le sexe, il en a beaucoup moins. Pour qu’il en ait eu, il aurait fallu que sa partenaire ne parle pas, ne bouge pas, ne respire pas… et Rita fait bien plus que tout ça !

– Continue mon amour, crie-t-elle, ne pouvant s’empêcher de bouger au rythme des mouvements circulaires des doigts de Max.

Il sourit, rentre un doigt, tout en caressant le corps de Rita avec la main gauche, en s’attardant sur les seins, qu’il mort doucement et suce directement après. Elle crie et étreint Max fermement.

– Continue ! Ordonne-t-elle.

Max ne se fait pas prier. Il l’embrasse au coup et tout en n’arrêtant pas de la doigter de la main droite, de la main gauche, il lui prend le cou fermement et lui impose son regard. Il la lèche tout d’abord les lèvres, mord ensuite sa lèvre inférieure et l’embrasse enfin. Elle ne peut s’empêcher de jouir. Max rentre un deuxième doigt. Rita soupire et le mord au cou.

– Daddy !

Max les rentre t o u t d o u c e m e n t. Rita est mouillée, il est tellement méticuleux, qu’il fait le travail avec soin, en cherchant précisément ce qu’il faut chercher : le renflement granuleux vers le haut. Il y va profondément, mais toujours doucement. Elle soupire et l’étreint. Elle ne se contrôle plus. Max lui exige de se coucher sur le divan avec sa main. Elle obéit. Max trouve ce qu’il cherche. Il le caresse tout d’abord doucement et ensuite accélère le mouvement. Pour venir imposer le chaos, il commence à lécher le clitoris de Rita comme un enfant gourmand léchant de la confiture sur ses doigts.

– Oui… Oui !!! Oui… Oui !!!

Une mélodie qui paraît sans fin retentit de la bouche de Rita. Tantôt, elle le dit en souriant, tantôt en pleurnichant, tantôt, elle exige sérieusement, tantôt le mot magique est prononcé avec force et joie… Et alors qu’elle étreint Max avec plus de force que toutes les fois d’avant, comme une tempête qui vient alors qu’on attendait qu’une simple pluie, elle commence à jouir dans sa bouche.

Pendant au moins trois dizaines de secondes…

Elle est gênée, mais elle ne peut se contrôler. Elle bouge dans tous les sens, Max content de récolter les fruits de son travail ne veut plus s’arrêter. Elle le bouscule sans faire exprès et se met debout. Le nectar des dieux continue malgré tout à couler sur ses jambes. Elle tremble, Max rit. Elle lui jette un regard digne de la foudre : indescriptible, tout aussi sévère que lumineuse. Elle reprend enfin ses moyens. Max lui lance d’un ton blagueur :

– Tu vois que comme un dieu, je peux faire en sorte qu’il pleuve à souhait !?

Elle sourit enfin, revient vers le divan et enlève le pantalon et le boxer de Max. Elle prend son pénis des deux mains, le suce légèrement et de sa langue, elle fait sept croix sur la pointe de son urètre, comme un appel à la Sainte. Tout doucement, elle s’assoit sur Max afin de jouir de chaque centimètre. D’une voix jouissive, elle crie :

– Marie, mère de Dieu, Erzulie, Simbie, priez pour moi, je vais continuer à pêcher pendant toute la nuit !

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L’appartement deux sans trois

Avant, je pensais qu’elle était simple, la vie. Qu’il nous suffisait de boire, de manger correctement et de travailler pour que tout soit parfait. Maintenant, je comprends qu’elle est cruelle et je suis sûr que tout ce qui est cruel ne peut être simple.

J’ai grandi en milieu rural. Là, l’accès à l’éducation de qualité était réservé à une poignée d’individus. J’ai commencé l’école très tard. À 13 ans, je crois… Je n’ai pas eu la chance d’aller au-delà de la neuvième année. Je grandissais et j’avais des responsabilités. Mes parents étaient malades et j’étais l’aîné. Je ne pouvais pas rester les bras croisés ; il me fallait trouver du travail.

Je suis donc entré à Port-au-Prince pour la première fois. Ne connaissant personne, je n’avais qu’un but ultime en tête : trouver du travail. Au début, ce n’était pas facile du tout. J’avais un peu d’argent, je trouvai une petite chambre à coucher à louer dans un ghetto. Entre la promiscuité des habitants, l’odeur nauséabonde de fatras et les rues qui empestaient la crasse et le désespoir, j’étais à l’étroit.

La journée, j’allais au Centre-ville. Là, je passais de petits boulots en petits boulots. Vendeur de boissons rafraîchissantes, serveur, assistant-mécanicien, livreur pour le Nouvelliste, le journal principal du pays… Bref, je faisais un peu de tout. Au cours de cette période, je rencontrai Boudine, un riche propriétaire de la ville. Je lui livrais son journal chaque matin et de temps en temps, nous discutâmes de sujets de nos vies quotidiennes. Malgré le fait que j’étais pauvre, il ne me prenait pas de haut, Boudine. Il me traitait d’égal à égal. Cela lui valut ma loyauté. Avec le temps, nous devînmes de très bons amis.

Quelque temps après, il me proposa un boulot dans l’un des nombreux immeubles qu’il possédait. Mon sérieux au travail me valut son respect. J’eus un meilleur salaire et je gravis petit à petit les échelons. Il me nomma par la suite, gérant de l’un de ses immeubles : un complexe d’appartement. Les locataires du dit immeuble me semblaient calmes. Majoritairement jeunes, ils paraissaient être des gens de la classe moyenne et des petits-bourgeois sans trop d’histoires.

Il y avait parmi eux un couple de lesbiennes. Ah ! De toute ma vie, je ne crois pas avoir vu des gens beaucoup plus amoureux. Il leur suffisait simplement de rentrer dans une pièce pour que tout le monde à l’intérieur ait l’impression de vivre en direct un Telenovela. Quelquefois, on avait l’impression que tout était calculé, mais cela paraissait tellement naturel, qu’au final, on se perdait et finissait par s’avouer que c’était réel… leur conte de fées était réel. Et comme dans tout conte de fées, il avait fallu qu’il y ait un méchant.

Justine, l’une des deux jeunes femmes, entretenait une sorte de relation malsaine avec un homme qui vivait dans l’appartement d’en face : Xavier. Ils étaient tout le temps-là à s’envoyer en l’air un peu partout dans les couloirs de l’immeuble et dans l’appartement de Xavier. Une chose était sûre : Xavier ne m’inspirait guère confiance. Ce bonhomme sentait la cruauté. Il avait un regard froid. Justine avait déjà quelqu’un qu’elle aimait. Il était évident qu’elle ne voulait en aucun cas se séparer de Claire, sa compagne. Mais comme tous les gens qui avaient déjà tout, il lui fallait encore plus. Il était évident que Claire allait finir par tout découvrir.

J’étais gérant d’un immeuble, c’était mon travail de savoir ce qui se tramait entre les murs, mais surtout de prévoir à l’avance comment cela allait finir, afin de vérifier si cela pouvait représenter une éventuelle menace pour la sécurité et la tranquillité des autres locataires. Si ce n’était pas le cas, je devais continuer à vaquer à mes occupations comme si de rien n’était, si par contre, un éventuel danger devait se présenter, je devais faire en sorte de limiter les dégâts. Le tout devait toujours être fait de la manière la plus discrète possible. Boudine détestait les scandales ; il avait toujours été clair:

« Si des gens sont trop bruyants, vire-les au plus tôt, avant que cela dégénère ! Je ne veux en aucun cas, que la Police ou la Presse viennent l’un de ces jours fouiner dans mes affaires. »

Des semaines passèrent. Je sentis qu’une chose m’avait échappé dans cette histoire. Mon intuition me disait qu’elle était cruelle. Je prêtais attention un peu plus et je remarquai que Claire avait changé. Elle ne parlait plus comme avant dans les couloirs et ne me souriait plus au passage. Son regard était devenu sombre et triste. Elle paraissait avoir vécu un traumatisme assez récent. Je pensais qu’elle avait appris pour la liaison de sa compagne, mais je compris assez rapidement que j’avais malheureusement tort.

Une fois, alors que j’étais derrière elle, elle avait croisé Xavier dans les couloirs et elle s’était recroquevillée dans un petit coin comme un chien battu qui croise son assaillant de toujours. Cela sentait le viol ! Le regard haineux et la menace du poing que Xavier lui fit, rendit tout limpide : il y avait un violeur dans mon immeuble. Je n’avais pas de preuves, mais je le savais. J’avais le flair pour ce genre de chose !

Je me suis demandé comment cela était possible. Comment l’avocat avait pu laisser un type signé un contrat d’allocation dans l’immeuble que je gérais, sans tout au moins mener une petite enquête !? Il savait pourtant à quel point j’étais méticuleux ! On est toujours mieux servi par soi-même, je décidai d’agir en utilisant mes contacts. J’avais un ami enquêteur dans la police nationale qui me devait un petit service. Je lui demandai de vérifier s’il y avait un certain Xavier Chérestal dans les dossiers de la PNH.

Le lendemain de mon appel, je vis Justine pénétrer dans l’appartement de Xavier une bouteille noire en main. À cause de mes doutes, j’avais gardé un œil sur lui. C’était pour moi une petite précaution en cas d’éventuelle confirmation de mes doutes. Je savais qu’il n’était pas dans son appartement, je l’avais vu sortir un peu plus tôt. Sur l’instant, je préférai continuer ma ronde. Après tout, je les avais déjà vus ensemble, Justine et lui, peut-être que, ne se doutant de rien, elle continuait à le voir. Mon métier de gérant exigeait que je sois aveugle, sourd et muet, je ne pouvais pas faire de vagues, ni parler de mes doutes.

Cependant, bizarrement, une chose m’intrigua pendant toute la journée : la bouteille noire entre les mains de Justine. Je n’en connaissais pas le contenu, mais on aurait dit que je l’avais déjà vu quelque part. Résultat : au cours de la nuit, j’eus un cauchemar. J’avais rêvé de Blacki, un chien que je possédais lors de mes premières années à Port-au-Prince. Je prenais beaucoup soin de lui et en retour, il était là pour moi et m’était loyal. Plus qu’un compagnon, c’était aussi un ami. J’avais rêvé du jour de sa mort. Sursautant en plein milieu de la nuit, je me dirigeai vers la cuisine et allai boire un grand verre d’eau. Et alors que je buvais tranquillement mon eau, un souvenir m’était revenu. Je faillis m’étrangler !

La bouteille dans la main de Justine était la même bouteille de laquelle le vétérinaire avait tiré un poison pour tuer Blacki quand il avait attrapé la rage. Cette image m’avait torturé pendant des mois. J’avais perdu un ami, le moyen que mon cerveau avait trouvé pour faire son deuil était de se souvenir de tous les détails de cette journée. La vie peut être tellement bizarre, parfois ! Je ne fermai plus l’œil de la nuit. J’étais inquiet et je m’attendais au pire.

Chaque jour, il sortait de l’immeuble aux environs de 8 h pour aller travailler. Le lendemain matin, pour la première fois depuis qu’il avait loué l’appartement, il ne l’avait pas fait. Aux environs de 11 h, j’allai frapper à sa porte pour vérifier que tout allait bien. Personne ne répondit. Je n’insistai pas. Bien plus tard dans la journée, je découvris qu’il n’avait pas récupéré son journal. Je ne pouvais pas lâcher prise sur mes doutes, je suis donc allé vérifier les enregistrements des caméras de surveillance : il était rentré chez lui au cours de la soirée et n’était plus ressorti.

Je vérifiai l’heure : il était déjà 15 h et encore une fois, c’était une première pour lui. Je n’avais pas besoin de plus. Je fonçai vers son étage en trombe, avec un double des clefs et ouvrai la porte. Je pénétrai chez lui prudemment et le trouvai assis sur une chaise devant son bureau, semblant ne pas avoir conscience qu’une personne était son appartement. J’avançai vers lui en l’appelant. Il n’y eut pas de réaction, il était déjà raide mort. J’appelai immédiatement Boudine. Il débarqua dans l’immeuble avec des policiers et un juge de paix et en un temps record, ils avaient déplacé le corps pour l’amener à la morgue. Avant de partir, Boudine me précisa :

– Pour les raisons que tu sais déjà, les rapports de police diront que c’était une crise cardiaque. Toutefois, je compte sur toi pour me dire ce qui s’est réellement passé !

Je savais déjà ce qui c’était passé. On l’avait tué… Justine l’avait tué. Toutefois, je ne pouvais pas en parler à Boudine sans avoir tout démêlé. Le surlendemain, j’appelai mon ami policier au téléphone. Il décrocha, j’entendis sa voix au bout du fil.

– Marc, comment vas-tu ? Tu m’appelles sûrement pour l’affaire que tu m’avais confiée. J’ai des informations pour toi : le type sur qui tu m’avais demandé d’enquêter, il a un casier judiciaire et avait passé sept ans en prison. Apparemment, il a été libéré pour bonne conduite il y a de cela cinq ans.

Son histoire m’intéressait, je sentis qu’il allait confirmer mes doutes. Je voulais entendre la fin.

– Et pourquoi, l’avait-on mis en tôle ? Demandai-je, connaissant déjà la réponse.

– Il avait violé une jeune femme, répondit-il.
Je tremblotai. Certaines vérités, qu’on les connaisse déjà ou pas, font souvent cet effet quand elles sont confirmées. Je remerciai mon ami et raccrochai le téléphone.

« Pauvre Claire ! » me disai-je.

Qu’elle peut-être cruelle envers les personnes gentilles, la vie! J’avais besoin d’air. Je sortis un instant.

À mon retour, je croisai Claire et Justine dans les couloirs. Elles se regardaient dans les yeux en souriant. Elles étaient belles. L’instant était magique ! Mon cœur battit la chamade… JE L’AURAIS TUÉ AUSSI, SI J’AVAIS ÉTÉ JUSTINE !

Cette histoire fait partie d’une série unique, qui sera presentée sous peu. En attendant, si vous voulez lire une autre histoire de la série, cliquez sur ce lien : https://valerydebourg.art.blog/2023/04/15/lappartement-deux-sans-trois-temoignage-2/

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Promise me no promises

Encore une bonne journée de travail au club de finesse où il est coach. René se sent satisfait. Il avait toujours compris qu’aider les autres à apprendre était une bonne chose. Mais jusque-là, il avait toujours cru que le bonheur, on le transmettait aux autres et que le but premier était de les aider à devenir meilleures. Maintenant, qu’il est coach, il voit les choses autrement : en aidant les autres, tu t’aides aussi. Et d’une certaine manière, quand ils nous laissent leur apprendre, nous les laissons nous apprendre aussi. Ils nous aident à découvrir nos lacunes, à les combler et à nous perfectionner.

Comme à l’accoutumée, Sarah, sa voisine l’attend dans un coin de la salle. C’est presque toujours elle qui le dépose chez lui, il n’a pas de voiture. Il enlève son T-shirt et regarde son reflet dans l’un des miroirs. Il est devenu tellement beau. À force de travail, il a fini par se forger un corps digne d’un dieu. À force de travail, il a fini par se forger un corps digne d’un dieu. On aurait dit qu’elle commettait un péché en le regardant. Son regard croise celui de René, elle baisse ses yeux, gênée, comme quelqu’un qui se faisait prendre en faisant une mauvaise action. Il se rhabille et va dans sa direction.

– On y va, lui dit-il.

Sarah prend son sac et se lève sans dire mot. Ensemble, ils sortent et prennent la direction de la voiture. Elle ouvre les portes et actionne l’engin. À force de rentrer ensemble, ils ont fini par devenir de bons amis qui papotent de tout et de rien. René est une personne ouverte, son sens de l’humour joue toujours en sa faveur. C’est le genre à pouvoir mettre le diable à l’aise au premier rendez-vous. Elle a toujours aimé cela chez lui. D’habitude, il arrive toujours à la faire rire, mais aujourd’hui, ils sont silencieux. Les deux épient l’autre du coin de l’œil. Ils le savent depuis quelques temps déjà : ils vont le faire. Il leur restait à savoir où et quand.

Ils arrivent devant la maison de René.

– Je voulais te demander une chose, lui dit-il.

– Je te suis toute ouïe, répond elle.

– Chez moi, depuis hier, j’ai un problème avec le système d’eau. J’aurais dû appeler un technicien ce matin pour arranger cela, mais je n’ai pas eu le temps. Pourrais-je prendre un bain chez toi, s’il te plaît.

– Aucun problème, répond Sarah, l’air pensive.

– Donne-moi juste deux minutes pour récupérer des habits propres !

Il descend de la voiture et revient quelques instants plus tard. La maison de Sarah est tout prêt. Ils ne mettent pas trop de temps à arriver. René la suit. Il commence à blaguer avec elle. Elle rit. L’atmosphère est détendue. Elle l’invite à s’asseoir au salon et à papoter en buvant un bon café.

– Tu prends ton café comment ? demande-t-elle.

– Noir, sans sucre.
Elle vient avec une cafetière, deux tasses et un peu de sucre pour elle, puis sert le café.

– Tu sais, j’adore le travail que tu fais avec nous à la gym, dit Sarah. J’ai déjà perdu neuf kilos, et là, quand je regarde mon corps, je me dis, que même si ça n’a pas été facile, ça en a valu la peine. Grâce à cela, je sais que je pourrai me sentir à l’aise dans mon corps. Et ça, vois-tu, c’est légèrement jouissif, dit-elle en souriant.

Il sourit légèrement à son tour, mais son visage ne tarde pas à devenir sérieux. Il la regarde droit dans les yeux, et lui dit :
– Tu es déjà magnifique.
Elle rougit légèrement.

– On a failli oublier pourquoi tu es là, dit-elle. Impolie comme je suis, je ne t’ai même pas montré la salle de bain.

Il ne répond rien. Elle se lève et lui fait signe de la suivre. Elle lui indique la salle de bain, il y pénètre, se déshabille et rentre direct sous la douche. Sarah de son côté, assise sur le lit paraît tourmenter. Elle a toujours été une fille curieuse. Avec le temps, c’est devenu une obsession et, à l’instant présent une seule question la tourmente : « Est-ce que René est aussi en forme en bas ? ».

Les hommes musclés ont toujours été sa faiblesse. Mais malheureusement, jusqu’à présent elle n’est jamais tombée sur un qui était aussi musclé de la verge que du corps. À force, elle avait fini par se dire qu’au pieu tous étaient peut-être des joueurs moyens ou de bas niveau. Mais René… oh René ! Ce type est devenu l’objet de ses fantasmes les plus bestiaux. Il est là tentation même… celui qui porte à commettre des pêchés.

Elle essaie de résister pour au final, marcher sur la pointe des pieds en direction de la salle de bain. La porte n’est pas fermée. On aurait dit que René l’avait laissée ouverte exprès. Elle se met sur quatre pattes et penche sa tête doucement en direction de la douche. Ses paupières s’ouvrent d’étonnement. Elle sursaute. Le type est monté comme un taureau. Sans être en érection, elle a l’impression que la verge de René la fixe.

Elle retire ses yeux de l’instrument de gloire, et s’assit devant la porte. Son cœur bat la chamade, elle essaie de dénouer ses émotions. Elle comprend que l’image l’excite. Elle a l’impression que son clitoris bouge au rythme de son cœur. Elle se dit qu’il est impératif qu’elle la revoit… au moins juste un peu.

Elle prend une longue respiration et refait le même mouvement, les yeux fermés pendant une seconde. Cette fois-ci, sa tête frappa un truc. Elle tremble légèrement et rouvre ses yeux et sa bouche simultanément. L’instrument est là, devant elle. Elle les lève en direction de René, gênée de s’être fait prendre.

Il lui sourit.

– Tu peux le toucher, si tu veux ! lui dit-il.

Bien qu’elle ne se fasse pas prier, elle ne peut s’empêcher de trembloter. Elle regarde l’objet de ses fantasmes, lève ses yeux d’une manière légèrement pudique en direction de René et, sans hésiter, mais la main toujours tremblotante à cause du stress, elle prend son pénis qui la seconde d’après, commence à bouger.

– Wow ! Dit-elle d’étonnement.

Il sourit. Son regard devient autoritaire. Il se penche et embrasse Sarah. Elle répond à son baiser et se met debout, osant toucher ce corps de rêve dont les images l’empêchent de dormir la nuit. René rouvre ses yeux. Sarah est tellement belle. Elle se met sur la pointe des pieds et l’embrasse au cou. Son rythme cardiaque augmente. Il a envie de faire toutes les promesses. Elle l’a compris, connaissant l’effet qu’elle fait aux hommes en général. Elle ne veut pas entendre des promesses. D’autres en ont fait et sont partis quand même. Elle ne veut pas penser aux autres.

– Oh Sarah…

– Chut ! lui dit-elle en le repoussant contre le mur. Ne dis rien ! Ne parle pas!

L’envie d’embrasser tout le corps de René est incontrôlable. Elle ne réfléchit plus et ose en commençant à embrasser ses pectoraux, tout en descendant plus bas. Tellement bas, qu’elle a fini par revenir à sa position initiale de Sainte qui prie sur ses deux genoux. Elle lève les yeux vers lui de la même manière pudique qu’elle l’avait fait avant. La verge de René, maintenant en érection, lui frappe le visage. Elle sourit malicieusement. Comme une enfant à qui on propose sa sucrerie favorite. Avec les deux mains, elle prend l’objet de ses désirs et le dépose sur ses lèvres en l’embrassant légèrement. Elle lève ses yeux vers lui et toujours, la bouche collée à sa verge, elle lui dit :

– Laisse-moi prendre soin de toi !

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Ne dis jamais rien à personne ! (Méfiez-vous des personnes gentilles, Texte 2)

La majorité des parents noirs frappent leurs enfants quand ces derniers commettent une mauvaise action. La douleur physique étant selon eux le meilleur moyen de faire comprendre aux enfants que leurs actes ont des conséquences. L’idée étant de les fouetter pour éviter que ce ne soit la vie qui le fasse à leur place. Ma mère faisait partie de cette majorité.

Comme tous les enfants, parfois, je faisais n’importe quoi, et dans ces cas-là, elle me frappait. Elle ne le faisait pas pour un oui ou pour un non, le fouet était son dernier recours, pour me montrer qu’il doit y avoir une limite à toute chose. Cependant, je ne comprenais pas cela. Aucun enfant ne comprend, je crois… Et comme tous les enfants, quand elle me tapait dessus, pendant un court instant, je la prenais pour un monstre.

Carlos avait compris cela et à ces rares occasions, il profitait pour agrandir ce court instant d’incompréhension et d’interrogation en un instant plus long… bien plus long ! Me faisant sentir que je ne pouvais rien dire au monstre que ma mère était et que ma personne de confiance dans la maison devrait être lui, et non elle. Et chaque fois que l’occasion se présentait, quand ma mère était absente, il continuait à me toucher de la manière non-conventionnelle qu’il savait le faire, comme bon lui semblait.

Les jours passèrent, je communiquais moins avec les autres. Je me renfermai sur moi-même. À 10 ans, j’eus mes premières règles. Une étape très importante dans la vie d’une fille. Je ne comprenais pas ce qui se passait : j’avais été réveillée par la douleur, mes habits et les draps remplis de sang… En y réfléchissant bien, sur l’instant mon cerveau d’enfant paniqué avait peut-être reçu une image démesurée de l’état réel des draps !

Je ne paniquai pas tout de suite, mettant du temps à comprendre que le sang provenait de mon vagin. Quand je le compris enfin, je me souviens avoir hurlé de toutes mes forces. Mon beau-père et ma mère ne tardèrent pas à arriver dans ma chambre, pensant sûrement que c’était grave ou que j’étais en danger. Quelle a été leur surprise de voir que ma chambre n’avait rien d’anormal ! Plusieurs secondes se sont écoulées avant que ma mère ne remarque la tache de sang. Là, elle s’était assise à côté de moi, me prit dans ses bras calmement, puis me dit :

 » Ma chérie, ne t’inquiète pas, ce n’est rien.

– Comment se fait-il que je me sente mal, alors que ce n’est rien, maman ? lui questionnai-je, en pleurs.

– C’est une étape dans la vie de toutes les femmes, ma princesse. La douleur passera.  »

Je me calmai. Mes yeux se posèrent sur le visage de mon beau-père un court instant. Je crois l’avoir vu sourire de la même manière qu’il avait souri la première fois qu’il m’avait touché les seins. Cela ne dura pas, je crois ! Ma mère lui demanda gentiment de laisser ma chambre afin de me parler. Elle lui avait dit en riant :

« Nous allons avoir une conversation entre femmes, Grosse-Tête (c’était le surnom affectueux que ma mère lui donnait.), les hommes sont priés de sortir et d’aller vaquer à leurs occupations. »

Il ne se fit pas prier et sortit. Ma mère se lança dans un long monologue sur ce qui était en train de m’arriver. Elle essaya de chercher les mots justes afin de ne pas brusquer l’enfant que j’étais, se disant sûrement que j’allais comprendre au fur et à mesure que je grandissais. Elle aborda le moins de point possible, le strict minimum : l’hygiène. Ensuite, elle m’amena à la douche, me baigna, alla me prendre des serviettes hygiéniques, changea mes draps tout en discutant avec moi.

Je ne compris presque rien à ce qu’elle m’expliquait. Par contre, des instants après, quand il lui a fallu aller travailler et que mon beau-père en partant après elle, m’avait dit en souriant d’un air sournois, que j’étais maintenant une femme, certainement, j’avais compris ce que cela voulait dire. La panique que j’avais ressentie après ses mots est restée gravée dans ma mémoire. Elle n’en sortira jamais, je crois.

Un ou deux mois après, ma mère devait aller en province, au mariage de l’une de ses amies de longue date. Elle n’allait pas rester longtemps : elle partait pour revenir le lendemain matin. Elle m’avait préparé à manger, m’expliqua comment je devais me nourrir au cours de la soirée et nous laissât seuls à la maison, mon beau-père et moi. Ce n’était pas la première fois qu’elle le faisait, par contre, c’était la dernière.

Carlos passa une partie de l’après-midi dehors. Il rentra vers les 20 heures. Il sentait l’alcool, ça se voyait au premier regard qu’il n’était pas dans son état normal. Il s’assit sur l’un des canapés, je ne me sentais pas menacé par sa présence. Je ne savais pas…
Je l’aidai à enlever ses souliers. Il m’avait apporté une glace, comme il le faisait souvent. Il me la donna, je m’assis à côté de lui pour la manger et pris le contrôleur, afin d’allumer la télévision.

« Jodi a se pa tele n ap gade » me dit-il .
Il m’arracha le contrôleur des mains. Sûrement faute à l’alcool, il me donna l’air d’un homme impatient, pressé d’accomplir une mission qui avait déjà duré assez longtemps. Il me prit la glace des mains pour la déposer.

« J’ai envie de finir ma glace, avais-je dit, d’une voix tremblante.

– Jodi a se pa krèm w ap manje avan non plis, répondit-il. »

Il me prit fermement pour me coucher sur le sofa. En deux ans, je m’étais habituée au fait qu’il me touchait les seins et ma culotte. Aucune autre personne n’avait pris connaissance de l’acte. Aucun signal d’alarme n’avait été déclenché et le fait que j’avais grandi dans cette situation m’avait privé du luxe de sentir la gêne et la panique au bon moment. Et puis d’ailleurs, il y en avait-il réellement un ? Je n’étais qu’une gamine toute seule face à un adulte. Il tenta de m’embrasser, son haleine sentait l’alcool, je tournai la tête.

« Tu me refuses, petite coquine ? Après tout ce que j’ai fait pour toi. Après tous ces cadeaux et toute cette attention ? Tu es maintenant une femme. Les hommes prennent soin des femmes. Laisse-moi prendre soin de toi ! J’ai assez patienté avec les préliminaires, laisse-moi te traiter comme la femme que tu es. »

À cet instant précis, le signal d’alarme avait enfin sonné. Je voulais fuir… je ne voulais plus qu’il me touche. Son haleine ne me plaisait vraiment pas. Le ton qu’il prenait non plus. J’essayai de me déplacer. Il me prit les mains et les pressa sur le divan pour ensuite déposer le poids de son corps sur moi. Il me faisait mal. La douleur déclenchait toujours un sentiment de panique en moi, je hurlai. Il déposa sa main sur ma bouche.

« Tout doux, ma chérie. Laisse ton papa prendre soin de toi !

La douleur augmenta. Je lui mordis les doigts, il hurla à son tour, et là, pour la première fois de toute ma vie, mon beau-père avait levé la main sur moi. Il me frappa à la tête avec une violence que je n’avais jamais connue avant me donna un deuxième coup sur la bouche et le nez. Mon sang coula. Je ne sentis plus la force de me débattre. Il enleva ma culotte d’un mouvement brusque et rentra en moi violemment.

Une fois…

Deux fois…

Trois fois…

73 fois… Je comptai 73 coups de reins ! Cet homme que ma mère et moi faisions confiance, m’a labouré la chair 73 fois. Je sentis mon bas-ventre se déchirer et le sang sortir de partout. Je perdis connaissance.

Le lendemain, ma mère rentra à la maison. Elle me trouva sur le divan, le corps ensanglanté. Elle pleura à chaudes larmes et hurla le nom de mon beau-père, il n’était pas là. Ses bruits me réveillèrent. J’essayai de bouger ma tête, mais me rendis compte rapidement, par la migraine que je sentis, que je ne trouverai pas la force de le faire. Ma mère vit cela. Elle courut vers moi et me prit dans ses bras en pleurs. Je pleurai avec elle.

« Qui t’a fait ça ma chérie, me demanda-t-elle ? »

Je ne saurai dire si elle connaissait déjà la réponse, je n’étais pas apte à interpréter les expressions de son visage. Je répondis et à cet instant précis son visage en pleurs laissa apparaître une autre expression. Dégoût… honte… remord… je ne saurais dire. Elle inspecta toute la maison. Mon beau-père n’était pas là. Quelques-uns de ses habits avaient disparu. Elle tourna en rond, quelques instants, puis, elle vint s’asseoir à côté de moi. Pendant un long moment, ce fut le calme complet. Ensuite, elle me porta à la douche, me baigna, puis m’amena dans ma chambre.

Elle me donna plusieurs comprimés et une infusion de tisane, ensuite elle me berça jusqu’à ce que je m’endorme, puis sortit. À mon réveil, des heures après, toute la maison était propre; sans aucune trace de sang, ou même de poussière. Le divan n’était pas dans le salon, il était dehors, en train de sécher. Ma mère m’invita à venir manger, je ne me fis pas prier, j’avais faim et elle m’avait préparé mon plat préféré. Nous ne nous dîmes rien pendant tout le repas. À la fin, je la regardai ; je suis sûre des expressions que j’avais vues dans ses yeux : de la honte, du gêne et de la douleur. Des larmes coulèrent sur ses joues, puis, elle leva sa tête, me regarda doit dans les yeux et me dit :

«  Ne dis jamais rien à personne !  »

Cette micronouvelle est la suite de :  » Méfiez-vous des personnes gentilles ». Pour lire l’autre, cliquez sur ce ce lien : https://valerydebourg.art.blog/2023/01/15/mefiez-vous-des-personnes-gentilles/

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Méfiez-vous des personnes gentilles I

Les parents finissent toujours par décevoir leurs enfants, c’est inévitable. Cependant, rien ne dit qu’ils doivent commencer à le faire tôt. Mon père fait partie de ceux-là, ceux qui l’ont fait très tôt. Du plus, loin, que je me souvienne, il m’a toujours détestée. Et jamais, au grand jamais, il n’a raté l’occasion de me le prouver les rares fois que je le voyais. Un jour, il m’avait dit :

« On devrait mettre en prison les femmes qui a un moment de leurs vies ont fait exprès de tomber enceinte pour emprisonner un homme. Transformant ainsi à jamais la vie de ce dernier en le forçant à décider de ce qui est le mieux pour un être qu’il ne voulait même pas. »

C’était clair, il ne me voulait pas !

Ma mère l’aimait trop… beaucoup trop. Lui, non ! À l’exception des charmes de la pauvre, rien en elle ne lui plaisait. Elle le savait, et l’avait toujours su. Elle a tenté l’impossible pour le garder, mais toute chose a un coût, et l’impossible ne fait pas exception à la règle. Tout d’abord, elle s’est offerte à lui comme elle ne l’avait jamais fait avant. Elle voulait qu’en pénétrant son corps, il pénètre aussi son âme. Elle voulait qu’il le comprenne. Qu’il sache que tout n’était rien sans lui ! Qu’il sache qu’il était son tout et qu’elle voulait en être autant pour lui. Ce qu’elle n’avait pas compris à cette époque, c’était que même la meilleure baise au monde ne garantissait pas à une personne l’amour d’une autre. Quand elle l’eut compris, elle tenta autre chose.

Chez nous, dans les Caraïbes, les gens aiment dire : « A le cœur d’un homme toute femme qui a le contrôle de son ventre. » Elle tenta donc de l’amadouer avec la nourriture en osant espérer que tout comme un chien, mon père ne cesserait jamais d’être reconnaissant envers la main qui le nourrit. Elle le gâta. Il ne travaillait pas à l’époque, donc à longueur de journée, il pouvait se gaver des mets que préparait ma mère qui était l’une des meilleures cuisinières du pays.

Une fois, dans une interview, un journaliste lui avait demandé le secret de ses plats. Il se disait qu’il y avait peut-être un ingrédient secret ! Elle lui avait répondit qu’il n’y avait aucun secret et que ses plats étaient aussi bon parce que tout ce qu’elle faisait, elle le faisait avec amour !

Ma mère avait tort, ce n’est pas parce qu’on fait les choses avec amour qu’ils sortent forcément bien. L’amour ne se dompte pas. On ne décide pas où il doit être ou pas. Il vient s’imposer et fait sa loi. Là où il y a de l’amour, il y avait forcément un secret. Tout comme son corps, les plats de ma mère n’ont jamais rendu amoureux mon père. Quand il n’était pas ailleurs, sa tête et son cœur l’étaient. Elle a donc fait plus : elle a fait en sorte de tomber enceinte de lui.

Un enfant crée un lien à vie entre deux êtres. Il peut tout apporter ; il arrive aussi qu’il emporte tout ; mais quoi qu’il en soit, il est un ancrage, un petit être qui a en lui un peu de chacun. Ma mère s’est dite : « Être enceinte de lui, c’est le piéger. Il ne pourra plus partir. Il sentira qu’il a une dette envers moi parce que je lui ai fait don d’un être bien-aimé. Il se souviendra que le bonheur de ce dernier dépendra de lui et pour cela, il m’épousera et m’aimera ». Mais je suis née, et rien de tout cela n’avait été fait. Mon père est parti avec la ferme conviction de ne plus revenir et de la laisser seule, avec la gamine que j’étais.

Des mois passèrent, et l’amour que ma mère lui portait ne diminua point. Envers et contre tous, elle guettait avec impatience le retour de son bien-aimé. Se faisant belle, chaque matin, en espérant sa venue, mais s’endormant toujours chaque nuit avec moi comme unique compagnie.

Quand j’eus sept ans, lassée d’être seule, elle laissa entrer une autre personne dans sa vie, un homme : Carlo. Elle n’était pas amoureuse de lui, mais comme tout bon « bluffeur » il donnait l’impression qu’il se souciait d’elle et elle sentait qu’elle en avait vraiment besoin. Tout être à un moment donné à besoin de se sentir aimé pour ne pas sombrer. Il a frappé et elle l’a laissé entrer, pensant qu’une présence paternelle me ferait le plus grand bien. D’autant plus que l’idée de mettre au monde un autre petit être la tentait beaucoup.

Un jour, alors qu’on regardait un film au salon, lui, maman et moi, maman s’endormit au beau milieu. Sursautant et remarquant que le besoin de dormir était plus urgent que ce qu’elle pensait, elle rentra dans sa chambre, me laissant seule avec mon beau-père. J’étais assise par terre et lui sur le divan. Il m’invita à venir m’appuyer sur ses genoux. Pour que je sois beaucoup plus à l’aise, avait-il dit ! Je venais à peine de fêter ma huitième année. Il était si gentil et me montrait tellement d’attention qu’il n’y avait aucune raison que je me méfie. Je vins m’appuyer contre lui. Quelques minutes après, il commença à me parler sur un ton que je ne saisissais pas trop, d’une voix que je ne lui connaissais pas non plus. Par contre, il me posa des questions que je ne trouvai nullement bizarres :

« As-tu déjà mangé ? »

« T’es-tu rassasiée ? »

« Voudrais-tu que j’aille te chercher autre chose ? »

Je répondis que ça allait. Il se déplaça quand même et alla me prendre un bol d’ice cream au frigo. Les enfants ne refusent jamais une glace. Je la pris et commençai à la déguster. Lui, pendant ce temps me toucha les épaules et commença à me les masser. Je n’avais jamais eu de père, je ne savais donc pas comment un père agissait avec sa fille. Comment il pouvait la toucher ni ce qui était correct ou pas. Et puis ce n’était rien, vu qu’il était celui qui s’approchait le plus de l’image paternelle que j’avais. Je le laissai faire et continuai à manger ma glace.

Il me caressa ensuite les cheveux puis il descendit pour aller bien plus bas. Il toucha mes seins… ou du moins ce qu’un enfant de 8 ans au physique normal a comme seins ! Là, je me raidis. Ma mère ne m’avait jamais touché les seins ainsi. Il se rendit compte de la réticence de mon corps. Il me tourna la tête me sourit, m’embrassa d’une manière dont un adulte n’embrasse pas un enfant, mais n’insista pas. Ce fut le début d’une longue série de touchés bizarres.

De temps en temps, quand j’étais seule avec lui, il recommença. Au fil du temps, je me suis habituée à cela, et me suis dit que c’était ainsi que les pères témoignaient de leur amour envers leurs filles : en leur caressant les seins !

Je sais que c’était à elle de me protéger et de ne pas laisser n’importe qui rentrer dans sa vie… dans nos vies; mais, loin de moi l’idée de blâmer ma mère, parce qu’en grandissant, je compris que cela aurait pu arriver à n’importe quelle femme. Après tout, si une femme ne peut pas se fier à son homme ou à des membres de sa famille, eux qui sont censés l’aider à supporter le poids bien lourd de cette vie, en qui, pourra-t-elle avoir confiance ? D’autant plus que le mal peut se présenter parfois sur une forme tellement belle, qu’il nous est très difficile de croire qu’il puisse être ce qu’il est !

Mon beau-père était la gentillesse personnifiée. De toute ma vie, jamais je ne crois l’avoir vu hausser le ton ! Ni sur les inconnus, ni sur ma mère, ni même sur moi quand, alors que comme, tous les enfants, je faisais parfois n’importe quoi. Je ne croiyais pas non plus l’avoir déjà vu dire non à l’un de nos caprices, ma mère et moi. Au contraire, il faisait plus que le nécessaire. Dire qu’il nous gâtait, était peu dire ! Le type se dépassait continuellement. Il nous sortait de temps en temps, nous achetait des cadeaux très souvent, certains, sûrement qui dépassaient ses moyens, il envoyait des fleurs à ma mère sans raison particulière, etc. Comment oser penser qu’un être aussi parfait pouvait être aussi malsain ?

Je crois qu’une fois, j’avais laissé un indice à ma mère involontairement. Mais tout comme l’enfant de 9 ans que j’étais n’avait pas compris le poids de ce qu’elle disait, la grande personne qu’était ma mère ne l’avait peut-être pas compris non plus, ou du moins, préférait penser que mes mots provenaient de l’imagination bien trop fertile d’un enfant qui, comme tous les autres, ne sait pas qu’on ne doit pas dire tout ce qui nous passe par la tête.

Faute à la surcharge due à son travail, mon beau-père était obligé de s’absenter. Nous restâmes seules à la maison pendant plusieurs jours. Il nous manquait à toutes les deux et surtout, j’avais envie d’une glace. Je me souviens avoir dit à ma mère :

« Quand est-ce qu’il rentre, Carlos. Il me manque. Je veux une grande glace, un gros bisou, et qu’il me caresse les seins. »

Ma mère aurait dû comprendre que quelque chose clochait dans la dernière phrase et qu’il fallait au moins qu’elle ouvre l’œil. Ne serait-ce que pour avoir des idées claires là-dessus. Au lieu de ça, elle en avait ri et m’avait répondit :

« Bientôt ma chérie… Il rentrera bientôt ! »

À sa rentrée, j’ai été lui sauté au cou. Et comme d’habitude, il nous avait encore apporté des cadeaux. Le soir même, les mêmes petits gestes reprenaient. Il me retouchait les seins, mais osa beaucoup plus cette fois. Le fait de lui avoir sauté au coup lui fit prendre confiance : il toucha aussi ma culotte. Une fois… Deux fois… Trois fois… Il répéta le même geste trois fois, puis ensuite, il me caressa la zone intime. Je me souviens de ce que mon cerveau d’enfant incompréhensif avait ressenti à cet instant-là. La douceur que son geste me procura me fit peut-être penser que c’était bien.

Le bien et le mal sont des sujets quelques fois difficiles pour les enfants. La limite pour eux est dans la douleur, la tristesse, les actes brusques et la colère. En-tout-cas, je me souviens que c’était à cela que je faisais la différence. Je ne hurlai pas. Je n’étais pas paniquée. Au contraire, j’en riais. Il n’insista pas cette fois. Il riait avec moi… De moi, sûrement ! Mon cerveau d’enfant de l’époque ne pouvait nullement interpréter son rire. Ensuite, il s’en alla.

Ce jeu machiavélique dura plusieurs mois avant qu’il ne passe à la vitesse supérieure. D’ici là, il entrait dans ma tête pour me manipuler. Ses méthodes étaient multiples et passaient des plus simples : il me défendait chaque fois que ma mère me réprimandât par exemple, ou me montrait qu’il se souciait de moi, aux plus compliquées : il faisait en sorte que je me dise que ce qu’il faisait était correct, que c’était bien pour mon épanouissement et que c’était ce que tous les pères faisaient à leurs enfants. Par ces actes et tant d’autres, il me montait contre ma mère… Contre moi-même !

À suivre…

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Mis en avant

Sois à moi, Marie


Pierre vient de survivre au pire. Des hommes ont failli le tuer. Il connaissait l’un deux. Il le savait mauvais, mais pas à ce point. Sa tête est en train d’exploser. Doucement, sa mémoire recolle des bribes de souvenirs et le premier qui lui revient en tête est l’image de l’homme, une arme en main, lui demandant de s’agenouiller devant lui.

– Je dois t’emmener à l’hôpital, lui dit quelqu’un.

Légèrement surpris, il lève la tête et voit Marie. Un autre souvenir lui revient : il venait d’apprendre que le petit ami de cette dernière était un arnaqueur de la pire espèce. Il l’avait appelée pour l’avertir. Elle lui avait demandé d’aller l’attendre chez elle afin de discuter.

Sachant qu’il court le risque d’une commotion cérébrale, il obéit sans broncher. Arrivé à l’hôpital, une doctoresse le soigne. Plus de peur que de mal, ce n’est pas trop grave. Elle lui coud la tête pour stopper l’hémorragie et lui prescrit des médicaments contre la migraine. Il sort de l’Hôpital avec Marie qui ne l’a pas lâché d’une semelle.

En chemin, il lui explique tout. Elle n’ose pas croire que René, l’un des hommes qui ont frappé Pierre, voulait lui extorquer quoi que ce soit. Elle ne voulait surtout pas croire qu’accompagner de plusieurs autres individus, pour prouver elle ne savait quoi, il avait osé demander à Pierre de se mettre à genoux devant lui et de l’appeler « Maître ». Pierre se met en colère. Comment pouvait-elle réagir ainsi ? L’amour l’aveuglait. Lui, il veut la protéger à tout prix… même contre sa volonté !

Il décide de déposer plainte contre René pour tentative d’homicide. Vu l’homme qu’il était, la police de ce pays qui, en général, reste muette aux complaintes de la population, ne tarde pas à prêter main forte à la justice. Elle interpelle René rapidement et le met en prison. Ce dernier, dans la merde jusqu’au cou, n’avait pas pu fuir à temps. Il avoue son crime, mais avance au juge que ce n’était qu’un accident, qu’il ne voulait que se protéger.

Le juge était un vieil ami de Pierre. Ils avaient fait l’école primaire ensemble. Il fit durer le procès. Marie était dans tous ses états. Selon elle, René ne méritait pas cela. Elle se sentit coupable : elle avait invité Pierre chez elle en croyant que René était déjà parti. Et puis d’ailleurs, il ne connaissait pas Pierre avant. Il avait sûrement cru que c’était un cambrioleur, et c’était sûrement la raison pour laquelle il l’avait frappé. Pierre à cause du coup avait sûrement confondu les choses. Elle ne voulait pas croire que son doux René pouvait commettre pareil crime avec préméditation. Du mieux qu’elle le pouvait, elle l’aidait et lui payait les meilleurs avocats, mais les résultats tardaient à venir.

Trois semaines passèrent. Des gardes, payés par Pierre, avaient battu René. Il était complètement défiguré et faisait peine à voir. Marie voulait faire quelque chose, mais on est en Haïti, là où, bien plus qu’un luxe, le système judiciaire est quasiment inexistant. On allait sûrement encore le frapper. Apparemment, il s’était disputé avec un autre prisonnier, il ne savait pas qui il était et l’avait frappé au visage. Grâce à l’intervention des gardes cela n’était pas allé plus loin, mais par la suite, on lui apprit que ce dernier était Rayiman, un criminel spécialisé dans les techniques de tortures.

Il lui avait proposé un marché : un doigt contre sa vie. Si René ne voulait pas qu’il lui fasse du mal, il devait se couper un doigt avec des ciseaux devant tous les autres prisonniers. Rayiman lui laissait juste le temps de récupérer de la bastonnade des gardes. Psychopathe, il jouissait de chaque instant de douleur. Il aimait l’idée qu’à chaque fin de rétablissement, René allait encore amèrement souffrir. René tremblait de peur. Il fallait que cela finisse le plus rapidement possible.

Marie consulte l’avocat. Ce dernier lui dit que le seul moyen pouvant accélérer la libération est que Pierre retire sa plainte. Vu combien celui-ci était obstiné, les chances que cela arrive étaient très minces. La situation se présentait très mal. Marie ne lâche pas son téléphone. Elle essaie d’appeler Pierre plusieurs fois, mais ce dernier ne décroche pas.

Il est passé 18 heures, il devait être chez lui ou à son bar. Elle prend la direction de sa maison : une superbe villa à Morne Calvaire, un quartier huppé de Pétion-Ville. Elle ne pouvait pas baisser les bras sans avoir tout essayé. Effectivement, Pierre est chez lui.Elle le trouve assis sur la terrasse, son chien à côté de lui.

– J’ai essayé de te joindre, lui dit-elle.

– Je sais, répondit-il.

– Et pourquoi tu ne m’as pas répondu ?

– Cela ne valait pas la peine !

– Depuis quand je ne vaux plus la peine ?

– Depuis que tu as décidé de fermer tes yeux sur le réel. Tu vis dans un monde imaginaire Marie. Tu t’obstines à protéger un arnaqueur, qui plus est, se révèle être un potentiel assassin. J’aurais pu mourir…

– Je sais, et j’en suis désolée. C’était un accident. René ne mérite pas ce qu’on lui inflige en prison…

– Au contraire, la coupe Pierre. Il le mérite amplement. Il est avec ses semblables, les criminels comme lui.

– Mais, Pierre, René n’est pas mauvais.

– Il l’est, hurle Pierre !
Marie reste silencieuse pendant un moment, puis dit ensuite :

– Il est en affaire avec Rayiman. Ce psychopathe peut tout lui faire. Aide-le, je t’en supplie. Je suis prête à te donner tout ce que tu veux.
Les yeux de Pierre s’agrandirent. La conversation prend d’un seul coup une tournure intéressante.

– Tout, tu dis ?

– Tout ! répète-t-elle.

– Je veux que tu le quittes et que tu viennes me rejoindre. Je t’aimerai comme tu le mérites, Marie. Je sais que j’ai été maladroit et que tu mérites mieux que ça. Je me comporterai mieux cette fois. Je m’ouvrirai à toi. Je lutterai pour toi. Je ferai tout pour te retenir, si tu tombes, je te soutiendrai. Je resterai pour le meilleur et le pire. Quand tu auras besoin de moi, je serai là. Quand tu auras besoin de soutien, je te soutiendrai. Et quand, en plein désert, la nuit, tu ne verras pas une lueur, tu tourneras ta tête et tu me verras derrière toi, à te suivre partout et à prendre soin de toi. Sois à moi, Marie !

– Je ne peux pas, répond Marie en larmes ! Je sais que tu m’aimes et que je compte pour toi énormément, mais je ne peux pas. Je ne puis me l’expliquer, crie-t-elle.
Pierre se sent impuissant. Sur l’instant, il se déteste et il veut hurler, aucun son ne sort ! Marie voit sa douleur. Elle s’approche de lui. Ils pleurent ensemble. L’un essuyant les larmes de l’autre. Leurs têtes se frôlent.

– Je t’aime, lui dit Pierre !

– Je sais, répondit-elle en lui essuyant les larmes !

Les secondes deviennent éternité. Marie l’embrasse. Le cœur de Pierre bat la chamade. Il ne peut contrôler ses sens. Il répond à son baiser et là, sur la chaise de la terrasse, les choses prirent une autre tournure. Marie vient sur lui. Ils se caressent. Marie sourit, son visage paraît soulager. Elle lui enlève son T-shirt et commence à lui faire des suçons au cou. Pierre gémit. Il avait besoin d’elle. Chaque geste, chaque caresse, chaque baiser lui donnaient l’impression, que tout le stress de son corps, toutes les tensions s’évacuèrent. Elle déboutonne son corsage et commence à se frotter à lui. Des mouvements de va-et-vient visant à stimuler son paradis. Elle déboutonne son soutien-gorge. Il l’embrasse partout. Elle aime cela, elle comprend qu’il est bon au lit. Elle enlève le short qu’elle porte, et se remet sur lui en continuant à l’embrasser. Elle le veut en lui. Ils entendent un bruit. Quelqu’un appelle Pierre et l’esprit de ce dernier revient à lui.

– Nous ne pouvons pas faire cela, lui dit-il calmement. Ce n’est pas de moi que tu veux.

L’excitation de Marie est à son comble. Elle essaie de l’embrasser de nouveau. Il recule. Elle réessaie, il la retient.

– Nous ne pouvons pas, répète-t-il.
Elle pleure, se lève, se rhabille rapidement en prenant la direction du parking. Elle regarde derrière elle une dernière fois.

– Si tu le laisses en prison, tu y laisseras une partie de moi, dit-elle à Pierre.

Pierre ne répond pas.

Le lendemain, l’avocat appela Marie tôt dans la matinée. René allait être libre. La plainte avait été retirée.

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